Récit d’un marocain volontaire en Irak

Entre fierté d’avoir défendu l’honneur de la nation arabe et l’amertume d’avoir été trahis par le régime de Saddam Hussein, le volontaire marocain Mohamed Sistine, de retour au pays, commente son engagement dans un entretien accordé à l’Associated Press. Agé de 40 ans, père d’un enfant et militant du Parti de l’Istiqlal, il raconte comment il a combattu «non pas pour défendre un régime, mais pour défendre un peuple menacé dans son identité arabo-musulmane». Parti de Casablanca avec 12 compatriotes volontaires pour être boucliers humains, Sistine arrive à Damas le 18 mars. Accueillie à l’ambassade irakienne de Damas, deux jours seulement avant le déclenchement de l’invasion, l’équipe de volontaires se voit alors proposer un choix inattendu : «prendre les armes ou retourner dans (leur) pays». Deux Marocains, dont Sistine, acceptent d’opter pour la résistance armée «à l’agression sioniste et impérialiste».
«Bouclier humain», explique Sistine avec un débit rapide et un propos convaincu, «est un mot moderne qui, au fond, a la même signification que faire le djihad. Ma foi dans la cause arabe et islamique, et dans la cause irakienne et palestinienne ont fait que je n’ai pas eu peur. Mourir en martyr est la plus haute distinction à laquelle un Musulman peut aspirer».
Transféré immédiatement à Bagdad où il rejoint des dizaines d’autres volontaires arabes et une vingtaine de compatriotes marocains à la «1ère faculté militaire», il se souvient : «Les civils irakiens nous traitaient comme des compatriotes. Ils nous donnaient parfois à manger, mais ils étaient fatigués des guerres continues en Irak et ils semblaient indifférents».
Alors que les forces de la coalition progressent en territoire irakien, il est évacué de la faculté militaire, menacée de bombardements américains, vers une école du centre-ville en compagnie de 120 volontaires encadrés par trois officiers irakiens, 40 miliciens des Fedayin de Saddam et des instructeurs d’autres nationalités. Pour la première fois des armes (Kalachnikov, lance-grenades RPG) leur sont distribuées mais, note Sistine, «le RPG qu’on m’avait remis était pourri par l’humidité». Pour utiliser ces armes, quelques instructions verbales leur sont données par des Irakiens. «De toutes façons, n’importe qui peut se servir d’un RPG», explique Sistine qui connaîtra son baptême de feu avec la défense de l’aéroport international Saddam Hussein, à une vingtaine de kilomètres du centre-ville. «On nous avait dit que notre combat était dirigé par Saddam Hussein et ses deux fils en personne. On était fier d’avoir fait des victimes et des prisonniers dans les rangs de l’ennemi», affirme-t-il. Lors de ces combats autour de l’aéroport, Sistine perdra un de ses compagnons les plus chers, «Abou Sayyaf», un jeune officier volontaire palestinien : «Il était le plus enthousiaste de nous tous car il disait que la chute de Bagdad signifierait la fin de la cause palestinienne». Le 8 avril, veille de la chute de la ville, tous les soldats irakiens qui encadraient Sistine et ses compagnons se volatilisent. «Je m’étais barricadé dans une villa appartenant à une Palestinienne avec un groupe chargé de surveiller l’autoroute. Et je pouvais apercevoir des chars irakiens abandonnés sur la route où des officiers mettant des habits civils et quittant leurs véhicules militaires pour monter dans des 4×4». Abandonnés à leur sort, Sistine, qui parle de «trahison», et une trentaine de volontaires arabes parviennent à rejoindre le centre de Bagdad. Le 9 avril, un de leurs derniers interlocuteurs du régime leur fournit trois autocars pour regagner la Syrie. Deux d’entre eux, probablement touchés par les bombardements alliés, n’atteindront jamais Damas. Sistine regagne Casablanca le 20 avril par un vol de la Syrian Airlines. Auparavant, il a été hébergé en Syrie pendant huit jours dans un camp palestinien, dont il refuse de dévoiler la localisation. Pourquoi ? «À cause des menaces américaines sur la Syrie».

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