Semaine difficile pour Rumsfeld

Donald Rumsfeld paraît d’autant plus en mauvaise posture que le Congrès ne semble pas disposé à lâcher prise dans son investigation méthodique des procédures d’interrogatoire musclées révélées fin avril. « Il va encore y avoir de nombreuses auditions, avec de nombreuses personnes qui seront appelées à comparaître », a assuré dimanche le sénateur démocrate, Carl Levin, de la commission des forces armées du Sénat. « Il y a encore tant de questions auxquelles il faut répondre », a, pour sa part, déclaré sur NBC le sénateur républicain, John McCain, membre de la même commission. « Nous devons mener cette enquête aussi loin que possible », a-t-il dit. Le secrétaire d’Etat, Colin Powell, a pour sa part estimé que l’important « est de faire la lumière » sur cette affaire. « Nous n’avons pas besoin de quelque chose de dramatique ou de théâtral », a-t-il dit dans son avion, après sa visite-éclair en Jordanie, à des journalistes qui lui demandaient si Rumsfeld devait démissionner.
Un des sujets qui pourraient intéresser tout particulièrement les parlementaires est évoqué dans un nouvel article à paraître lundi dans l’hebdomadaire “New Yorker”. Selon le journaliste réputé, Seymour Hersch, qui a révélé le scandale avec la chaîne CBS, les sévices infligés dans la prison d’Abou Ghraib par des militaires américains à des détenus irakiens ont été la résultante d’une décision approuvée secrètement en 2003 par M. Rumsfeld lui-même, par son adjoint Paul Wolfowitz et par le chef d’état-major interarmées, Richard Myers. Le Pentagone, par la voix de son porte-parole, Larry Dirita, a dénoncé des allégations « remplies d’erreurs et de conjectures anonymes », selon lui, et inspirées par l’obsession du complot. Hersch, interrogé dimanche par la chaîne CBS, a maintenu sa version. Selon lui, la volonté de recourir à des méthodes particulièrement dures d’interrogatoire est née de la fustration du Pentagone de ne pas pouvoir soutirer aux détenus irakiens des informations suffisamment solides pour contrer l’insurrection en Irak. « Rumsfeld et son adjoint pour le renseignement, Stephen Cambone, ont donc décidé, à l’encontre de ce que voulait la communauté (du renseignement), de recourir à un groupe de personnes, des inconnus, qui parcourent le monde, collectent des informations de premier ordre », a expliqué Hersch.
Dans son article, dont des extraits ont été publiés samedi, il précise que ces personnes appartiennent à une unité d’élite « très secrète » des renseignements de l’armée chargée de chasser Al-Qaïda à travers le monde. Ces hommes, ajoute-t-il, ont été injectés dans le système des prisons à Bagdad pour mener des interrogatoires dans le but d’accélérer la collecte d’informations. « Ils appartiennent à un tout petit programme, ils ont été introduits avec de fausses identités … Je ne dis pas que Rumsfeld a autorisé ce que nous avons vu ces dernières semaines, mais qu’il a autorisé ces gars à s’introduire dans le système des prisons afin de le secouer et obtenir de meilleures informations », a expliqué le journaliste.
L’objectif, a-t-il poursuivi, était de recourir à quelques méthodes « très dures, des humiliations sexuelles et de la force physique », autant de pratiques qui ont été montrées sur les photos de détenus irakiens. « Aucun responsable du département de la Défense n’a approuvé quelque programme que ce soit, conçu pour aboutir à de tels abus comme ceux vus sur les photos et les vidéos récentes », a affirmé, pour sa part, le porte-parole du Pentagone dans un communiqué.

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