Sharon rassure les colons

Ariel Sharon a initié cette rencontre sans précédent, depuis qu’il a publiquement fait état de ce plan le 18 décembre 2003. Selon ses proches collaborateurs, cités par les médias israéliens, il voulait appeler les colons à la raison en indiquant qu’ils peuvent légitimement protester contre son projet en évitant le recours à la violence. « Il faut éviter les déchirements.
Nous continuerons de vivre ensemble après l’application de ce plan », devait déclarer M. Sharon aux chefs des colons, selon la même source. Il entendait aussi leur expliquer les raisons sécuritaires de son projet après quatre ans d’Intifada, supposé conforter l’emprise sur les blocs d’implantations en Cisjordanie regroupant la majorité des colons. Le plan de séparation prévoit le démantèlement de 21 implantations de la bande de Gaza et de quatre autres en Cisjordanie en 2005, ainsi que l’évacuation de leur 8.000 habitants. Depuis que ce projet a été adopté en juin par son cabinet, M. Sharon est privé de majorité au Parlement, où il ne peut compter que sur 59 élus pour un total de 120 à la Chambre, et a en outre été désavoué en mai par le Likoud, son propre parti. En vertu du jeu des alliances à la Knesset, le plan de retrait devrait toutefois rallier le 25 octobre 67 députés contre 45 (dont 19 élus du Likoud) et 8 abstentions, selon un sondage publié dimanche par le quotidien ”Maariv”. Les 250.000 colons installés dans les territoires occupés ont juré de torpiller ce plan et ont lancé une campagne en ce sens. Un de leurs chefs spirituels, l’ex-Grand Rabbin Avraham Shapira, a appelé les soldats à refuser d’obéir aux ordres leur enjoignant d’évacuer les colons et convié les policiers à démissionner plutôt que de commettre un tel « péché ».
La rencontre dans l’après-midi avec M. Sharon « sera dure », a par avance déclaré Benzi Lieberman, secrétaire du Conseil des implantations juives de Judée-Samarie (Cisjordanie) et Gaza, principale organisation des colons. Il souhaite des élections anticipées cette année, la législature s’achevant en 2006, sans écarter toutefois l’idée d’un référendum sur le plan de retrait « à condition que pour une décision aussi cruciale engageant l’avenir du pays, une majorité qualifiée soit requise ». M. Sharon s’est, à diverses reprises, inquiété d’affrontements fratricides, évoquant un risque de guerre civile, alors qu’il a paradoxalement jadis été l’artisan de la colonisation à outrance des territoires occupés. La ministre de l’Education, Mme Limor Livnat, une « dure » du Likoud, a rencontré samedi les représentants des colons pour les amadouer, en leur promettant d’oeuvrer en faveur d’un référendum national sur le plan du retrait. Mais le ministre des Transports, chargé du plan de retrait, Meir Sheetrit, a exclu cette idée, bien que, selon les sondages, l’immense majorité des Israéliens souhaitent abandonner la bande de Gaza.
« Organiser un référendum serait problématique et nécessiterait de longues démarches législatives, alors que le Premier ministre ne veut pas d’atermoiements », a déclaré M. Sheetrit. Sur le terrain, l’armée israélienne a achevé son offensive de près de trois semaines dans la bande de Gaza qui a fait 130 tués palestiniens, mais les soldats opéraient dans le camp de réfugiés de Rafah, dans le sud du territoire, à la recherche de tunnels creusés sous la frontière avec l’Egypte et utilisés pour la contrebande d’armes.

• Charly Wegman (AFP)

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