Sharon veut appliquer son plan de retrait

« Le plan de désengagement sera appliqué. Point à la ligne », a martelé à deux reprises M. Sharon lors d’une conférence de presse à Tel-Aviv. « Je vais tenter d’élargir la coalition avec le Parti travailliste et des partis religieux afin de pouvoir présenter cette nouvelle coalition le plus rapidement possible ». Selon lui, si ses efforts échouent « il n’y aura pas d’autre choix que des élections » anticipées. « Mais j’espère et je crois que nous parviendrons à constituer une coalition stable qui gouvernera jusqu’en novembre 2006 », la fin de la législature actuelle.
La veille, M. Sharon a déclenché une crise gouvernementale en limogeant les cinq ministres du parti centriste laïc Shinouï pour sanctionner leur vote contre le projet de budget qui accordait plus de 60 millions de dollars aux institutions scolaires contrôlées par le parti Judaïsme Unifié de la Torah. Le projet de budget 2005 du cabinet Sharon a été rejeté en première lecture par 69 voix contre, dont les 14 élus du Shinouï. Seuls 43 députés, 38 du parti Likoud (droite) de M. Sharon et les cinq députés du Judaïsme Unifié de la Torah (ultra-orthodoxe), ont approuvé le texte, sur un total de 120. M. Sharon ne peut compter pour l’heure que sur les 40 députés de son parti. Selon la radio militaire, il a entamé des contacts « informels » en début de la semaine avec le chef du Parti travailliste, Shimon Peres, en vue de former un gouvernement d’union nationale qui comprendrait aussi le Judaïsme Unifié de la Torah.
En cas de succès, M. Sharon disposerait d’une majorité au Parlement. « Pour réaliser son objectif, le Premier ministre doit au préalable faire voter le budget, or la coalition dans son ancienne composition ne pouvait à la fois faire passer le budget et son plan de séparation », selon un proche de M. Sharon. Aux termes de la législation, le budget doit être voté avant le 31 décembre, après trois lectures. Si le gouvernement ne respecte pas l’échéance, il dispose d’un délai de grâce de trois mois pour faire adopter la loi de Finances.
Mais si le texte n’a toujours pas été voté au 31 mars, le gouvernement tombe et des élections doivent avoir lieu. Le plan de retrait prévoit une évacuation de la bande de Gaza, ainsi que les 8.000 colons israéliens installés dans cette région et dans quatre autres petites colonies isolées du nord de la Cisjordanie. Côté palestinien, Marwan Barghouthi, une figure de proue de l’Intifada détenu en Israël, a fait un spectaculaire volte-face en se portant candidat à la présidence de l’Autorité palestinienne quelques heures avant l’expiration du délai fixé pour le dépôt des candidatures mercredi. Sa décision a été critiquée par le Fatah qui a désigné le chef de l’OLP, Mahmoud Abbas, comme son unique candidat. Ce dernier a appelé à une « élection libre ». Dix Palestiniens, dont sept « indépendants », se sont porté officiellement candidats pour briguer la présidence de l’Autorité palestinienne le 9 janvier, a annoncé la Commission électorale centrale. M. Barghouthi, condamné en juin par un tribunal israélien à cinq peines de prison à vie, « pourra agir dans le cadre de la prison où il est incarcéré », a déclaré M. Sharon.
Sur la Syrie, M. Sharon a affirmé qu’il était prêt à rencontrer le président syrien Bachar al-Assad « sous certaines conditions », tout en affirmant douter de la volonté de paix de la Syrie. La Syrie a immédiatement répliqué par la voix de son chef de la diplomatie, Farouk al-Chareh, qui a jugé « inacceptable » que M. Sharon pose des conditions à la reprise des pourparlers.

• Patrick Anidjar (AFP)

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