Tchad : Des fidèles de Deby impliqués

Officiellement, il s’agit d’une simple « mutinerie » de militaires tchadiens poussés par des « besoins sociaux et autres », selon les termes utilisés lundi soir par le ministre tchadien de la Défense par intérim, Emmanuel Nadingar, au cours de la seule déclaration du gouvernement tchadien.
Mais selon M. Nadingar lui-même, parmi les « meneurs » arrêtés, figurent de hauts officiers des corps de la garde républicaine, de la garde rapprochée du président Idriss Deby et de la garde nomade nationale tchadienne (GNNT), dont les noms n’ont pas été précisés.
Or ces unités sont commandées par de « très proches » du chef de l’Etat, soulignent des observateurs tchadiens et étrangers, selon lesquels cette implication de « fidèles » pourrait être le résultat de contestations au sein du clan présidentiel et une tentative de remettre en cause le pouvoir d’Idriss Deby.
La sortie est de N’Djamena, où un groupe de 80 soldats, selon une estimation d’une source militaire, s’est rendu lundi, est ainsi située sur le chemin qu’emprunte Idriss Deby lorsqu’il se rend à son domicile hors de la capitale.
Les noms, quand ils seront révélés, pourraient même faire apparaître des liens familiaux, a estimé un observateur étranger, ce que confirment des sources politiques tchadiennes proches du Mouvement patriotique du salut (MPS), le parti présidentiel.
Selon ces sources, la « mutinerie » a été déclenchée par de « proches parents » du côté paternel du président, appartenant au sous-groupe Bilia de l’ethnie Zaghawa. Ce qui pourrait notamment expliquer que la crise – dont le pouvoir était vraisemblablement averti à l’avance – se soit dénouée sans un coup de feu, via une série de médiations, qualifiées de « claniques » par Alwahid, un site Internet proche de l’opposition tchadienne en exil. A l’origine de la crise, estiment les différents observateurs contactés par l’AFP, figure un ensemble de raisons. Première d’entre elles, la « remise au pas » récente de l’armée, au sein de laquelle une série de mesures avaient été prises à la mi-février, à la suite de visites-surprises du président dans différentes casernes de la capitale, a suscité des mécontentements.
Avait notamment été mis au jour, un « système d’évasion des salaires » au profit de certains officiers, leur permettant d’entretenir des « milices » affranchies de la hiérarchie militaire. Des milices utilisées notamment pour donner « un coup de main de l’autre côté de la frontière », indique un observateur en référence au Darfour, région soudanaise de l’autre côté de la frontière orientale tchadienne, où deux rébellions combattent les forces de Khartoum depuis février 2003.
A cette reprise en main de l’armée vient s’ajouter la gestion par le président Deby de ce conflit – dans lequel il s’est personnellement impliqué dans le cadre d’une médiation – qui a créé des dissensions au sein de son ethnie Zaghawa, très présente au Darfour, note l’observateur. De nombreux officiers Zaghawas souhaiteraient en effet voir Idriss Deby aider « les cousins » du Darfour, qui figurent en nombre dans les rangs des deux mouvements rebelles. Cette région était d’ailleurs la base arrière de la rébellion d’Idriss Deby quand il combattait le régime d’Hissène Habré dans les années 80, et des Zaghawas du Darfour auraient combattu dans ses rangs, selon la presse indépendante tchadienne.
Un journaliste de N’Djamena Bi-Hebdo rapportait ainsi en janvier avoir rencontré au Darfour d’anciens officiers tchadiens parmi des responsables rebelles. Selon des sources politiques tchadiennes, Idriss Deby a aussi fait expulser récemment deux « financiers » de la rébellion du Darfour, qui collectaient des fonds au sein de la communauté Zaghawa de N’Djamena.

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