Témoignage poignant

Kristen Schurr, une new-yorkaise une journaliste pigiste, s’est infiltrée jeudi dans l’église de la Nativité à Bethléem avec neuf militants étrangers et une photographe de presse. Jointe vendredi par téléphone, elle a décrit pour l’AFP sa première nuit dans l’église, assiégée par l’armée israélienne depuis le 2 avril. « Nous avons dormi dans la grotte sous l’église, là où Jésus est né. Il faisait un peu froid, mais les Palestiniens nous ont offert une couverture, un oreiller et une natte pour s’allonger », raconte-t-elle.
L’égise de la Nativité est bâtie au-dessus de l’endroit où, selon la tradition chrétienne, l’enfant Jésus est né. A son réveil, cette jeune femme de 33 ans dit avoir assisté à trois offices religieux, célébrés par les trois ordres qui gardent le lieu saint. La semaine sainte orthodoxe se conclut ce wee-kend.
« Ils ont chanté, il y a des bougies partout. C’était magnifique », s’extasie cette new-yorkaise. La veille, elle était parvenue à déjouer le dispositif installé par l’armée israélienne Place de la Mangeoire, sur laquelle donne l’église, où sont retranchés environ 180 Palestiniens, dont une quarantaine recherchés par Israël. Une trentaine de religieux se trouvent également dans le complexe abritant l’église. Elle était entrée avec des sacs de vivres en compagnie de quatre Américains, dont une photographe du Los Angeles Times, ainsi qu’une Irlandaise, deux Suédois, une Canadienne, un Danois et un Britannique.
Depuis 24 heures, elle n’a bu qu’une tasse de thé. « Quand nous sommes arrivés, cela faisait plusieurs jours qu’ils se nourrissaient de feuilles cueillies dans le jardin », assure-t-elle. Les aliments apportés par les dix pacifistes ont été rationnés en prévision d’une longue poursuite du siège, qui a débutée le 2 avril. « En ce moment, ils sont en train de préparer un énorme plat de riz. Tout le monde se mélange pour les repas, mais en trois tournées », explique-t-elle. La jeune femme, qui dit préparer une thèse en sciences politiques, précise que les assiégés disposent d’un puits d’où ils tirent de l’eau. Cela leur permet de faire la vaisselle et de laver le sol ou même leurs vêtements. Elle vante l’hospitalité et la gentillesse des Palestiniens retranchés, dont certains sont décrits par Israël comme des « terroristes ».
« Quand nous sommes entrés, ils ont chanté en choeur ‘merci, merci’ et ‘bienvenue, bienvenue' », dit-elle. Elle dément catégoriquement que quiconque soit retenu en otage, comme l’affirme l’armée israélienne. Il n’y a pas, selon elle, deux cents hommes armés, mais seulement deux ou trois dizaines, dont beaucoup de policiers palestiniens. Ces hommes effectuent des tours de guet la nuit. « J’ai vu des preuves que les soldats israéliens tirent de l’extérieur », affirme cette militante pro-palestinienne. « Il y a des impacts de balle dans l’église, provenant des fenêtres du niveau supérieur ». Elle affirme qu’un tir a frappé en pleine tête une statue de la Vierge Marie qui domine le cloître Saint Jérôme, à l’entrée de l’église Sainte Catherine, qui fait partie du complexe religieux.
Elle dit avoir rencontré tout le monde et être allée partout, notamment dans les couvents orthodoxe et franciscain en partie incendiés mercredi soir, guidée par des Palestiniens qui lui ont montré les passages à éviter à cause des tireurs d’élite israéliens.
L’armé accuse les combattants d’avoir piégé à l’explosif les portes intérieures, mais elle assure n’avoir aucune trace d’une telle chose.

• Sébastien Blanc (AFP)

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