Tony Blair vote John Kerry

Allié inconditionnel du républicain George W. Bush dans le conflit en Irak, Tony Blair pourrait même tirer un certain profit d’un changement d’administration outre-Atlantique et de ses conséquences sur la crise, selon des experts britanniques. « En termes de politique intérieure, une victoire de John Kerry serait plus aisée » pour le Premier ministre britannique, explique à l’AFP Lord (William) Wallace, spécialiste des relations transatlantiques à la London School of Economics. Et il est probable que dans cette hypothèse, il serait « profondément soulagé », dit-il. Car en dépit de l’engagement de Tony Blair auprès du président américain en Irak — la Grande-Bretagne a déployé environ 8.500 hommes en Irak et est chargée du sud du pays, avec l’importante ville chiite de Bassorah -, George W. Bush « ne lui a pas accordé de concession en retour », rappelle-t-il. De ce point de vue, « un second mandat de Bush pourrait (donc) se révéler embarrassant » pour Tony Blair. En effet, les positions de M. Bush sur la crise irakienne ne facilitent pas la recherche d’une solution et l’armée américaine est la cible quasi quotidienne des actions de la résistance et des groupes terroristes étrangers dans le pays.
Pour autant, souligne Lord Wallace, une victoire de John Kerry « ne faciliterait pas » les choses sur le plan international en général, et particulièrement au regard du conflit israélo-palestinien, à propos duquel la Grande-Bretagne a adopté des positions plus proches des autres pays européens. Car en effet, rappelle-t-il, l’administration (notamment lorsqu’elle est démocrate) et l’opinion publique américaines soutiennent traditionnellement Israël, quel que soit le parti au pouvoir sur place. « Tony Blair a démontré qu’il était capable de gérer de manière pragmatique ses relations avec quiconque en fonction » à la Maison-Blanche, juge pour sa part Julie Smith, spécialiste des relations Europe-USA à l’université de Cambridge. Il a entretenu une relation très proche avec le précédent président américain, Bill Clinton, démocrate comme John Kerry, et dont le parti est plus proche traditionnellement du Labour, dit-elle à l’AFP. « Il serait plus aisé (pour Tony Blair) de travailler avec John Kerry qu’avec des gens qui se sont opposés à la guerre » depuis le début, « il ne n’y aura clairement pas de relation aussi étroite que celle qu’il a eue avec (George W.) Bush (…) et qui est marquée par la guerre en Irak », tempère-t-elle. Et bien que vu depuis Londres ou du reste de l’Europe, « un gouvernement Kerry serait préférable, la poursuite d’une administration Bush serait la meilleure chose pour Blair », juge-t-elle. Car de toutes façons, et même « si Kerry voulait travailler avec les Nations unies et négocier une solution (à la crise), la situation en Irak est tellement dégradée qu’il sera très difficile d’y parvenir », ajoute Julie Smith. Or, la question est « comment rester là-bas sans provoquer des représailles supplémentaires? » En réalité, et même si ce pourrait être pour Tony Blair « un énorme progrès d’avoir une administration Kerry », Lord Wallace rappelle qu’au regard de l’Irak notamment, toutes les clés ne se trouvent pas uniquement dans la relation transatlantique entre Londres et Washington.

• Djallal Malti (AFP)

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