Tsunamis : Générosité et profits

« Quand nous sommes arrivés à l’hôtel, seuls des secouristes, des policiers et des militaires nous avaient précédés. Les portes et les coffres-forts des chambres épargnées par les vagues avaient été fracturés », raconte sous couvert d’anonymat un responsable d’Accor dont le Sofitel de Khao Lak a été ravagé. « On n’a pris personne la main dans le sac, mais ceux qui sont passés les premiers ont ramassé ce qu’ils ont pu ramasser », dit-il. « En même temps, en récupérant les corps, ils ont fait aussi du bon boulot », reconnaît-il.
Les responsables d’Accor ont transmis les passeports retrouvés sur place aux ambassades concernées et remettront ensuite aux familles les effets personnels. Mais sur le terrain, les biens matériels ne sont pas vraiment une priorité. « Franchement, quand on amène un corps à identifier, qui va se soucier de savoir s’il avait une chemise ou une bague avant de mourir? », interroge agacé un policier européen qui participe à l’identification. Rien de « systématique » n’a été fait non plus, « pour l’instant », pour bloquer les comptes bancaires des victimes, reconnaît un diplomate européen, tout en avertissant que des numéros de cartes de crédit circulent déjà sur Internet. A Phuket, dès les premières heures après la catastrophe, des pilleurs locaux, mais aussi des étrangers, avaient profité du chaos pour emporter les coffres-forts des hôtels, les valises abandonnées par les touristes, voler des bijouteries ou fracasser des distributeurs d’argent. « C’est vraiment moche, ces types-là sont de vrais salopards », avait regretté le Premier ministre Thaksin Shinawatra.
Ces délits restent pourtant rares. Au contraire, la Thaïlande a fait montre d’un élan de solidarité et de générosité sans précédent. Quelque 523 millions de bahts (10 millions d’euros) ont été déposés sur un compte bancaire du gouvernement destiné au fonds d’aide aux victimes, rapportait jeudi le quotidien The Nation. Les donations des entreprises, administrations et particuliers, continuent d’affluer tout comme les milliers de volontaires et de bénévoles sur le terrain. Les touristes-victimes avaient été aussi frappés par les gestes de solidarité et de générosité au moment du désastre: dans les régions dévastées, les habitants avaient immédiatement fourni un toit, un lit, du linge ou de l’argent. Mais d’autres, moins scrupuleux, profitent largement de la situation. Certains Thaïlandais se font passer pour des victimes du tsunami afin d’obtenir des dédommagements du gouvernement, a déclaré mercredi Anuwat Metheeviboonvut, gouverneur de la province de Phang Nga. « Nous cherchons le moyen d’empêcher ces délinquants de profiter de la douleur des autres », a-t-il dit à l’AFP. Beaucoup d’autres aussi se sont servis généreusement sur les montagnes de vêtements fournis par les donateurs, y compris des journalistes partis au pied levé et sans bagages à Phuket. Et puis, comme c’est souvent le cas lors d’une crise, les prix des chambres d’hôtels, des courses de taxis, des produits de première nécessité, gonflent rapidement -tout en restant largement abordables pour les bourses occidentales. Beaucoup d’établissements hôteliers en retrait du bord de mer ont également profité de la mauvaise fortune de leurs concurrents détruits en augmentant le prix des chambres. « Les touristes sont venus se réfugier ici, l’hôtel est plein », reconnaît Peerapong Supourot, directeur général du Metropole, le plus gros établissement de la ville de Phuket. L’hôtel accueille toutes les délégations officielles, thaïlandaises et étrangères dépêchées sur place après le tsunami. « C’est bien, mais c’est pas mieux qu’en général à cette saison », coupe-t-il.

• Nicolas Revise (AFP)

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