Turquie : Débat autour de l’adultère

Le but avoué du gouvernement du Parti de la Justice et du Développement (AKP), une formation aux origines islamistes, est d’amender l’ensemble des 348 articles du code adopté en 1926, trois ans après la proclamation de la République turque sur les ruines de l’Empire ottoman. Emprunté au code italien de l’ère fasciste, ce code ne correspond plus aux ambitions européennes d’Ankara.
Le nouveau texte, jugé positif dans l’ensemble, améliore les libertés individuelles et réprime la torture. Il prévoit également des peines sévères pour les « crimes d’honneur », jugées cependant insuffisantes par les organisations féministes. Mais le gouvernement a décidé d’y inclure un article rétablissant l’adultère en tant que crime passible d’une peine de prison. Cette disposition avait pourtant été abolie en 1996 par la Cour constitutionnelle qui l’avait jugée contraire au principe de l’égalité des sexes, l’adultère du mari devant seul avoir un caractère « régulier » pour être condamné.
Le ministre de la Culture et du Tourisme Erkan Mumcu et plusieurs autres députés de l’AKP se sont opposés au rétablissement du crime d’adultère dans le code et la presse a évoqué mardi la possibilité que le gouvernement fasse marche-arrière sur le sujet en raison des réactions négatives en Turquie et en Europe. Mardi, le ministre turc des Affaires étrangères Abdullah Gul a déploré que le débat soit dominé par la disposition sur l’adultère. « On tente de masquer les discussions sur tout un projet et ternir l’image du pays par une disposition qui n’existe même pas encore », a-t-il notamment dit lors d’un discours devant le groupe parlementaire de l’AKP, laissant entendre que son parti pourrait ne pas inclure l’adultère dans le projet. La controverse intervient alors que la Commission européenne va, le 6 octobre, recommander d’ouvrir ou pas des négociations d’adhésion avec la Turquie, candidate à l’UE depuis 1999. La décision finale sera prise par les dirigeants européens le 17 décembre. Plusieurs personnalités européennes ont averti qu’une telle disposition serait malvenue.
Guenter Verheugen, le commissaire européen chargé de l’Elargissement, s’est ainsi opposé au projet de criminaliser l’adultère lors d’une visite en Turquie la semaine dernière, parlant d’une « plaisanterie ». Londres et Madrid ont également adressé une mise en garde à Ankara par le biais de leurs ministres des Affaires étrangères. Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, un dévot musulman, et ses proches collaborateurs affirment agir pour « protéger l’union de la famille » malgré les protestations de la presse et des milieux libéraux. D’autres dispositions du code ne font également pas l’unanimité, comme celle qui punit d’une peine allant jusqu’à deux ans de prison les mineurs de moins de 18 ans pour une relation sexuelle. Mais l’AKP et le principal parti d’opposition au parlement, le parti Républicain du peuple (CHP, social-démocrate), se sont mis d’accord lundi soir pour améliorer la protection des libertés fondamentales. Les tests de virginité, pratique controversée et dénoncée, ne pourront ainsi être effectués qu’en cas de demande formelle d’un juge ou d’un procureur et non par la police comme c’était souvent le cas.
Quelque 400 personnes, pour la plupart des femmes, ont manifesté dans le centre d’Ankara avant le début des discussions qui devraient durer au moins une semaine à Assemblée, pour dénoncer certaines clauses du projet gouvernemental, dont celle sur l’adultère.

• Burak Akinci (AFP)

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *