Un Auschwitz en Afghanistan

Klaus-Peter Kleiber a rencontré le gouverneur de Mazar-i-Sharif, la grande ville du Nord dont dépend la prison, le puissant chef de guerre ouzbek Abdul Rashid Dostam et s’est rendu à Shibergan, où quelque 2.000 talibans pourraient encore être détenus. «Cela ressemble à Auschwitz», a déclaré le diplomate allemand à l’AFP dimanche soir. « Les gens n’ont plus rien sur les os. Ils sont traités comme du bétail, entassés dans des tentes. c’est incroyable, incroyable». «Vous ne pouvez pas imaginer la cuisine. C’était comme des fantômes préparant la soupe. C’était horrible». «J’étais avec deux collègues et je leur ai fait remarquer que j’étais surpris de voir qu’ils pouvaient rester à regarder ces gens, avec leurs visages, des yeux usés, sans espoir». Un groupe de 204 Pakistanais, alliés des talibans et détenus à Shibergan avait été rapatrié de cette prison samedi.
Selon un accompagnateur, la majorité d’entre eux avait entre neuf et seize ans. Plus de 500 Pakistanais seraient encore détenus à Shibergan. Des milliers de talibans avaient été arrêtés en octobre et novembre après les longs combats de Kunduz, au moment où les forces antitalibanes ont commencé leur progression sur Kaboul. Nombre d’entre eux seraient morts depuis. La Croix Rouge internationale avait entrepris le mois dernier de nourrir les prisonniers, fournissant notamment des laits spéciaux aux prisonniers les plus malnourris.
Selon M. Kleiber, des «centaines» de malades et de prisonniers sous-alimentés se trouvent dans des sections séparées de la prison, les autres n’ont «qu’une mètre carré et demi d’espace vital» chacun. Même si selon M. Kleiber, on perçoit qu’une dynamique est en cours pour libérer les prisonniers pakistanais après un accord entre Islamabad et Kaboul, il n’en va pas de même pour les détenus pachtounes afghans. Moins d’une centaine des plus jeunes d’entre eux ont été libérés a-t-il dit. «Il est temps, après cinq mois, qu’ils (le gouvernement afghan Ndlr) s’occupent de ce problème». «Je pense que (le président intérimaire Hamid) Karzaï, en tant que Pachtoune, va essayer de faire sortir ces prisonniers».
Le général Dostam, l’un des plus puissants des chefs de guerre afghans, a été nommé vice ministre de la Défense du gouvernement intérimaire en signe de reconnaissance de son influence dans le nord du pays. «La stratégie du gouvernement intérimaire est compréhensible», estime M. Kleiber. «Si on ne peut se défaire des chefs de guerre, autant s’en faire des alliés. Mais il faut se demander si cela marchera à terme». M. Kleiber a déclaré avoir dit au général ouzbek que la situation enflammait la colère dans le coeur du pays pachtoune, au sud de l’Afghanistan. «Je lui ai dit : vous les traitez mal et cela ajoute aux frustrations du Sud. Il est d’accord et l’administration intérimaire est également d’accord». Le diplomate a ajouté que le général Dostam avait admis que les détenus n’étaient que de simples talibans. «Ils n’ont pas vraiment fait quelque chose de mal. Ils ont simplement combattu dans le mauvais camp. Ce ne sont pas des Al-Qaïda. Le général est d’accord pour dire que les +gros poissons+ sont partis» a ajouté M. Kleiber.
Selon M. Kleiber, la plupart des Pachtounes sont trop faibles pour voyager à dos d’âne sur des centaines de kilomètres jusqu’à chez eux et il a appelé le gouvernement intérimaire à les ramener par autobus. Les Pakistanais libérés avaient été rapatriés par un vol militaire pakistanais. Le porte-parole du général Dostam, Faizullah Zaki, a dit à l’AFP que son chef était prêt à libérer les prisonniers mais voulait s’assurer qu’aucun individu dangereux ne soit relâché. Selon lui, le général Dostam «partage l’inquiétude» sur la situation à Shibergan, mais sa priorité est d’améliorer le sort des populations civiles, pas celui des prisonniers. «Ce n’est pas le moment de demander de l’argent pour la prison. nous avons besoin de fonds pour les écoles et les hôpitaux», a ajouté M. Zaki. «Le Nord ne reçoit aucun argent du gouvernement central. Il n’y a pas assez de fonds et trop de besoins urgents », a-t-il estimé.

• Chris Otton (AFP)

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