Un chinois dans l’espace

«Il est hautement symbolique que la Chine arrive, au début du 21ème siècle et avant l’Europe ou le Japon, à lancer seule un vol habité », estime Philippe Coué, auteur du livre « Cosmonautes de Chine », récemment publié en France. « Cela va renforcer le prestige du Parti communiste chinois et la conviction des gens que ce parti est le seul capable de réaliser un avenir prometteur pour la Chine », déclare de son côté Arthur Ding, spécialiste des questions militaires chinoises à l’Institut d’études internationales de Taïwan. Même si le premier vol habité chinois a eu lieu plus de 40 ans après celui du Russe Youri Gagarine et en dépit du fait que le programme spatial de Pékin aurait déjà coûté 2,3 milliards de dollars, il ne rencontre a priori pas de vive opposition en Chine. Le programme Shenzhou (Vaisseau divin), contrôlé par l’armée, « s’inscrit dans la montée du nationalisme. Je ne pense pas qu’il sera remis en question, en dépit de la montée du chômage et des inégalités », estime M. Ding. Lancé en 1992 par le numéro un du régime de l’époque, Jiang Zemin, le programme est encore sous la houlette de l’ancien chef de l’Etat qui dirige toujours la Commission militaire centrale et devrait pouvoir se prévaloir du succès de la mission Shenzhou V. La forte charge symbolique du premier vol habité et l’immense perte de face qu’aurait constitué un ratage expliquent sans doute le secret dans lequel ont été maintenus les préparatifs. « Même lors des dernières missions du programme Shenzhou, que les médias chinois n’ont pas beaucoup couvertes, l’intérêt du public était énorme », selon Brian Harvey, auteur du livre « Le programme spatial chinois: de la conception aux capacités futures ». A l’étranger, ce programme attire, malgré son retard, l’attention croissante des experts. « Les milieux de l’espace, les gens du Centre national d’études spatiales ne prenaient pas les Chinois aux sérieux. Mais cela a changé très récemment. Le vol habité chinois va marquer les esprits », juge M. Coué qui souligne qu’en matière de conquête de l’espace, la Chine s’est toujours rigoureusement tenue à ce qu’elle avait annoncé. Le programme va continuer sur sa lancée, estiment les observateurs. La prochaine étape devrait être un vol habité qui effectuerait, dès 2005 ou 2006, quelques orbites lunaires. « S’ils vont sur la Lune, les Chinois en retireront un prestige encore plus grand et cela suscitera de fortes réactions de la part des Etats-Unis », déclare Philippe Coué. « Au moment des Jeux Olympiques en 2008, il pourrait bien y avoir deux stations spatiales en orbite, la station internationale et une station chinoise », prédit M. Harvey. La Chine poursuivra-t-elle son programme en solitaire ou en coopérant avec les Etats-Unis ? Les avis des experts divergent. Quoi qu’il en soit, le premier vol habité aura déjà des retombées positives en termes d’image diffusée par un pays au poids économique croissant et de plus en plus courtisé. « Des entreprises vont penser: +C’est l’avenir. C’est progressiste. La Chine est le seul pays du Tiers-Monde à mettre un homme dans l’espace+ », estime David Baker, directeur du magazine britannique Jane’s Space Directory.

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