Une affaire de génériques

Les prix des médicaments continuent à constituer un grand obstacle devant l’accès aux soins médicaux au Maroc. Aller chez le médecin continue à faire peur aux gens. Même ceux qui ont droit aux services de l’AMO. Car même si on a la possibilité de récupérer 70% des frais médicaux, débourser un montant très élevé pour des médicaments est un vrai problème. Une situation que les spécialistes expliquent, entre autres, par le fait que les médicaments génériques restent très peu développés au Maroc. Ils ne constituent, aujourd’hui, que 24% des médicaments circulant sur le marché marocain selon les conclusions de «la mission d’information parlementaire sur les prix des médicaments» émanant de la Commission des finances et du développement économique à la Chambre des représentants (voir article page 5). Ce taux est totalement inversé dans des pays comme les Etats-Unis ou la majorité des pays scandinaves. Or, la différence des prix entre la version générique et celle d’origine du même médicament est énorme. C’est généralement un rapport de 1 à 10. Faire baisser les prix des médicaments revient donc à promouvoir le recours aux génériques. Or, cela ne peut se faire uniquement en «implorant» les médecins d’en privilégier la prescription. La campagne publicitaire que le ministère de la Santé publique a menée, l’année dernière, n’a atteint aucun de ses objectifs puisque le pourcentage des génériques n’a pas bougé. Il fallait penser à autre chose. Et les spécialistes disent que la meilleure manière de le faire est d’accorder aux pharmaciens, par la force de la loi, le droit de substitution. La France l’a fait en 1998. La loi de financement de la sécurité sociale qui accorde aux pharmaciens « le droit de substitution » est une loi française qui constitue une référence en la matière. Cette loi permet aux pharmaciens de changer un médicament coûteux avec un générique, sur une simple demande du patient, même si le médecin a prescrit le premier. Or, au Maroc, une telle loi n’existe pas. La ministre de la Santé, Yasmina Baddou, aurait, peut-être, mieux fait de commencer par le commencement en proposant un projet de loi accordant ce droit aux pharmaciens. Ou, mieux encore, d’intégrer, dans le même projet de loi, une obligation pour les médecins d’utiliser ce que les spécialistes appellent «la Dénomination commune internationale (DCI)». Ce système oblige les médecins à utiliser dans leur ordonnance les noms des molécules thérapeutiques au lieu de leurs différentes marques de commercialisation. Un tel projet aurait révolutionné le champ médical marocain et compléterait l’effort de l’Etat en matière de généralisation de l’assurance maladie à toutes les catégories sociales.

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