Une campagne « À l’américaine »

« On semble avoir rompu avec les vieilles habitudes et les campagnes électorales compassées, qui a au résultat connu d’avance, ne sont plus de mises », note Mourad, cadre administratif d’Alger.
Ces troisièmes élections présidentielles pluraliste depuis la fin du régime du parti unique du Front de Libération Nationale (FLN) qui avait dirigé, d’une main de fer, l’Algérie de l’indépendance en 1962 à l’instauration du multipartisme en 1989, peut, pour la première fois, dépendre du déroulement de la campagne électorale, soulignent la presse et des analystes à Alger.
Cette incertitude a amené les « deux grands candidats », le président Abdelaziz Bouteflika, briguant un second quinquennat, et son ancien homme de confiance Ali Benflis, devenu son ennemi juré et qui dirige le FLN, à se lancer à corps perdu dans la bataille électorale. « Cette campagne risque d’être d’autant plus âpre que les sondages n’ont pas encore fait véritablement leur apparition en Algérie, et les rares circulant sous le manteau sont sujets à caution empêchant une photographie de l’opinion », souligne un diplomate. « De plus, cette fois-ci, l’armée, dont l’influence sur la vie politique est forte, a affiché sa neutralité, alors qu’elle a toujours fait et défait les présidents, même si elle ne l’avoue qu’à moitié », note encore ce diplomate.
Cette situation inédite a poussé les candidats, outre les nombreux meetings dans le pays, à utiliser des « méthodes marketing fortes » pour accrocher l’électeur, observe un publicitaire d’Alger. « C’est, en quelque sorte, une élection à l’américaine », précise-t-il. Cette campagne « montre que l’Algérie bascule dans l’économie de marché et la mondialisation après avoir longtemps stagné dans le socialisme poussiéreux et dépassé », selon lui. Chez le candidat Benflis, outre les affiches sur fond bleu azur donnant une impression de sérénité, des casquettes, très prisées en Algérie, sont distribuées abondamment portant en arabe et en français « Benflis président ».
Du côté du candidat Bouteflika, ont été notamment réalisés des tee-shirts, alors que des appels téléphoniques sont passés par des voix féminines suaves tentant de persuader les électeurs des bienfaits de sa politique, selon des personnes contactées. L’équipe de campagne du président sortant n’a pas hésité à lâcher dans la ville Alger des camions arborant d’immenses portraits de M. Bouteflika, avec une sono favorisant une musique rap tonitruante, distillant des messages vantant ses mérites. De tous bords on force sur l’affichage sauvage. Déjà, Alger et les grandes villes sont couvertes de portraits des six candidats, d’où émergent en force MM. Bouteflika et Benflis.
Dans une moindre mesure, apparaissent le candidat du courant laïc Saïd Sadi et l’unique femme candidate, la trotskyste Louisa Hanoune, qui scrutent d’un regard sévère l’électeur en puissance. L’islamiste radical Abdallah Djaballah, avec son éternelle calotte blanche contrastant avec sa barbe de jais, se fait surtout remarquer dans les quartiers modestes et pauvres d’Alger.
Le visage légèrement poupin du « petit poucet » de l’élection, Ali Fawzi Rébaïne, président d’un parti nationaliste, est aperçu comme par surprise. « Il n’est pas de ceux dont le portrait est le plus arraché » note, goguenard et un peu rassuré, un de ses partisans.

• Marc Pondaven (AFP)

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