Une mort qui suscite de l’indignation

Correspondant de Radio France internationale (RFI) en Côte d’Ivoire, Jean Hélène, 50 ans, a été tué par balle mardi soir à Abidjan par un policier, à proximité du siège de la police nationale, où il attendait la sortie d’opposants remis en liberté après plusieurs jours de garde à vue pour les interviewer. « Le président de la République française a appris avec émotion le décès de Jean Hélène, grand professionnel disparu dans l’exercice de son métier au service de l’information sur cette terre africaine qu’il connaissait si bien », a dit la porte-parole de l’Elysée Catherine Colonna. Jacques Chirac « demande aux autorités ivoiriennes que toute la lumière soit faite sur cet assassinat qui doit faire l’objet d’une enquête diligente et immédiate », a-t-elle déclaré. Le ministre français des Affaires étrangères Dominique de Villepin a déclaré dans une lettre adressée au président de RFI Jean-Paul Cluzel que le continent africain et la presse française ont « perdu cette nuit un ami irremplaçable ». De son coté, le Parti socialiste a « salué la mémoire » du journaliste et estimé que « cet acte inacceptable et insupportable rappelle tragiquement l’immense responsabilité de tous ceux qui ont concouru et concourent à attiser un climat de haine en Côte d’Ivoire, particulièrement depuis l’échec du coup d’Etat du 19 septembre 2002 ». La direction de RFI, qui a annulé dans la nuit toutes ses émissions et diffusé de la musique classique, a exprimé sa « stupeur ». Plusieurs membres de la direction doivent se rendre mercredi après-midi à Abidjan. Le groupe RFI qui avait prévu une « antenne décentralisée » à Dakar du 20 au 25 octobre, a décidé d’annuler ce programme spécial en raison de « ce meurtre de sang-froid ». L’organisation de défense des journalistes Reporters sans frontières (RSF) a exigé la « vérité ». « Il faut qu’une enquête indépendante soit menée et qu’une autopsie révèle les circonstances exactes de ce drame », a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de RSF. En Afrique également, la mort de Jean Hélène provoque une vive émotion. Le président Gbagbo a assuré mercredi que « tous les moyens sont mis en oeuvre afin que la lumière soit faite » et a « réitéré son engagement à ce que les journalistes puissent accomplir librement et en toute sécurité leur mission d’information partout en Côte d’Ivoire ». Le ministre ivoirien de la Sécurité intérieure, Martin Bléou, a assuré pour sa part que l’enquête se poursuivait et que la procédure serait menée à son terme. Le secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Abdou Diouf, a estimé que « cet assassinat, perpétré par un policier en uniforme, est inacceptable, insupportable, indigne d’un pays comme la Côte d’Ivoire ». Enfin, le ministre ivoirien de la Communication, Guillaume Soro, également leader des ex-rebelles qui ont pris les armes contre le président Gbagbo en septembre 2002, a dénoncé les campagnes de presse menées par certains médias ivoiriens contre le rôle des médias étrangers dans la crise. « Ca ne sert à rien de chauffer à blanc les gens et de s’étonner ensuite que de telles bêtises puissent être commises », a-t-il souligné. Les journalistes sénégalais, qui participaient mercredi à une rencontre consacrée aux délits de presse, ont observé une minute de silence à la mémoire du correspondant de RFI. « Crime odieux », « acte ignoble », la plupart des quotidiens ivoiriens s’indignaient mercredi à la Une. Jean Hélène « a été tué dans le dos, dans l’exercice de ses fonctions, et s’est vidé de son sang sur un trottoir abidjanais », écrit Le “Patriote”, journal proche du RDR, principal parti d’opposition. Le quotidien Notre Voie, organe quasi-officiel du Front populaire ivoirien (FPI) de M. Gbagbo, consacre, lui-aussi, sa Une au récit de ce « crime odieux ». “Notre Voie” et les autres journaux proches du FPI avaient violemment critiqué le rôle des médias étrangers, notamment de RFI, depuis le déclenchement de la rébellion armée en Côte d’Ivoire le 19 septembre 2002, la presse française étant fréquemment accusée de complicité, voire de soutien aux rebelles.

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