Volte face israélienne

Après avoir donné son feu vert à l’équipe de l’ONU chargée d’enquêter sur les combats dans le camp de réfugiés de Jénine, Israël est revenu sur sa décision de coopérer avec cette équipe dans sa forme actuelle et cherchait mercredi à obtenir une formule qui lui serait plus favorable. Une délégation israélienne devait ainsi partir dans la journée à New York pour présenter les exigences de l’Etat hébreu sur « la composition et les termes de référence » de cette mission, qui devra trancher entre les versions israélienne et palestinienne sur ce qui s’est passé dans le camp, dévasté après neufs jours de combats acharnés. « Pour l’instant, tout est suspendu », a précisé à l’AFP un responsable israélien qui a requis l’anonymat.
Les palestiniens affirment que des « massacres » ont été commis à Jénine, notamment contre des civils, et parlent de « plusieurs centaines » de morts, alors que les israéliens assurent que les victimes ont été tuées lors d’âpres combats. Les Palestiniens accusent également Israël d’avoir attendu plusieurs jours après la fin des combats avant de laisser des équipes de secours pénétrer dans le camp, où jusqu’à présent, une cinquantaine de corps ont été trouvés dans les décombres.
Les israéliens ont le sentiment que la mission, dans sa forme actuelle, se focalisera sur les destructions dans le camp de Jénine, sans les replacer dans le contexte de la lutte contre l’infrastructure palestinienne, raison invoquée par l’armée pour lancer son offensive en Cisjordanie, le 29 mars. « Nous avons le droit de dire maintenant que ça suffit », a déclaré à l’adresse de l’ONU le ministre de la défense, Binyamin Ben Eliezer, critiquant notamment le fait que les Nations Unies n’aient pas consulté Israël avant d’annoncer la composition de l’équipe. « Nous espérons qu’ils (l’ONU) prendront en compte nos demandes, corrigeront ce qui est susceptible d’être corrigé et définiront clairement que le mandat (de la mission) ne consiste pas seulement à examiner nos actes, mais aussi ceux de l’autre camp », a-t-il poursuivi.
Le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, a accepté de « reporter » le départ de l’équipe pour permettre la tenue de consultations avec la délégation israélienne. Avant le revirement israélien, le premier ministre Ariel Sharon s’était déclaré « préoccupé » par les conclusions auxquelles pourrait aboutir cette équipe, mais avait considéré sa venue comme un « moindre mal ». Selon un responsable israélien, qui a requis l’anonymat, « à un certain moment, les informations qui nous parvenaient se sont précisées et on a eu de plus en plus l’impression d’avoir été trompés ». « On a le sentiment d’avoir été attirés dans un piège », a-t-il poursuivi. La méfiance viscérale d’Israël à l’égard de l’ONU a été encore accentuée par les déclarations récentes de son représentant au Proche-Orient, Terje Roed-Larsen, qui, lors d’une visite dans le camp de Jénine, a estimé qu’il s’agissait d’une « horreur qui dépasse l’entendement » et que le comportement d’Israël avait été « moralement répugnant ».
Les principaux griefs israéliens portent sur la composition de l’équipe et, par conséquent, sur la manière dont elle entend orienter son enquête.
Les autorités israéliennes critiquent ainsi la présence d’un seul spécialiste militaire, le général américain à la retraite William Nash, parmi des personnalités « politico-humanitaires » telles que l’ancienne haut commissaire de l’ONU pour les réfugies Sadako Ogata et l’ex-président du comité international de la croix-rouge Cornelio Sommaruga.
Dès l’annonce de la volte-face israélienne, Washington a appelé l’Etat hébreu a autoriser l’entrée de cette équipe, alors que Londres demandait aux autorités israéliennes de « ne pas continuer à défier la communauté internationale » et de permettre l’arrivée de cette mission « si Israël n’a rien à cacher ».

• Claire Snegaroff (AFP)

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