2005 : Israël sans budget

Le Premier ministre, Ariel Sharon, n’est pas parvenu, faute d’une majorité, à faire voter par le Parlement le projet de budget 2005, avant le 31 décembre comme le prévoit la loi. La législation prévoit que l’Etat peut fonctionner jusqu’au 31 mars au plus tard, sur la base d’un budget mensuel équivalant au douzième du budget 2004, interdisant tout investissement à long terme dans le secteur public. Si la Knesset ne parvient pas à voter la loi des Finances d’ici au 31 mars, le gouvernement tombera automatiquement et des élections anticipées seront organisées.
Ces péripéties politiques n’ont toutefois pas empêché un redressement général. Témoin de cette bouffée d’optimisme: les principaux indices de la Bourse de Tel-Aviv ont atteint des niveaux records, avec le « TA-25 » qui regroupe les 25 principales valeurs du marché qui a franchi pour la première fois la barre des 600 points à 617,94, soit une hausse annuelle de 22,6%. La moyenne quotidienne des transactions a, pour sa part, grimpé de 75% pour atteindre quelque 170 millions de dollars. Autre signe positif: une filiale de Deutsche Bank est devenue, le mois dernier, le deuxième membre étranger de la Bourse de Tel-Aviv après l’UBS une des principales banques suisses. La plupart des principaux indices économiques sont eux aussi orientés à la hausse. Le produit intérieur brut a progressé de 4,2% en 2004, taux le plus élevé depuis quatre ans. Le taux de chômage, de son côté, a été ramené de 11% fin 2003 à 10,4%. L’an 2000 avait marqué une rupture brutale avec le déclenchement presque concomitant de l’Intifada et de la crise de la haute technologie, qui avait servi de locomotive à la croissance.
L’économie israélienne avait ensuite connu la pire récession de son histoire marquée par trois années consécutives de baisse du niveau de vie de la population. « Nous sommes enfin sortis du tunnel et nous devrions connaître une croissance de 3,5 à 3,8% en 2005 », a affirmé à l’AFP un haut responsable du ministère des Finances, qui a requis l’anonymat.
Selon lui, l’application du plan de retrait israélien de la bande de Gaza prévu cette année et une possible reprise des négociations après l’élection présidentielle palestinienne du 9 janvier « devraient créer un environnement propice à la reprise et au retour des investissements étrangers ». Le quotidien économique «Globes» a récemment estimé que la fin de l’Intifada pourrait se traduire par un coup de pouce de 0,7 à 1,8% à la croissance. Sur le front de la haute technologie, l’heure est à l’embellie. Les fonds de capital-risques ont ainsi mobilisé 1 milliard de dollars, l’an dernier, contre seulement 28 millions en 2003, tandis que leurs investissements ont augmenté de 40% à 1,4 milliard de dollars.
Dans ce tableau plutôt souriant subsistent, néanmoins, de sérieuses zones d’ombre. La politique ultra-libérale du ministre des Finances, Benjamin Netanyahu, qui se traduit notamment par une baisse des impôts sur le revenu, des privatisations et des coupes claires dans les budgets sociaux ont certes stimulé la reprise, mais ces mesures ont creusé les inégalités. Selon une étude publiée par le quotidien «Haaretz», seuls 20% des ménages disposant des plus hauts revenus ont profité de la croissance. A l’autre bout de l’échelle, 20% des Israéliens vivent sous le seuil de pauvreté et ce pourcentage ne cesse de croître, selon les données officielles.

• Jean-Luc Renaudie AFP

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