5+5 : Plusieurs zones d’ombre

5+5 : Plusieurs zones d’ombre

Pour les autorités tunisiennes, le fait même d’avoir réussi à réunir les chefs d’Etat ou de gouvernement de dix pays représente un succès en soi. Le sommet a aussi réussi à faire adopter un document complet condamnant « fermement » le terrorisme, assurant du renforcement de la coopération en matière de sécurité, de lutte contre l’immigration clandestine et réaffirmant l’appartenance des pays maghrébins à une communauté plus large englobant également l’Europe du sud. « Ce premier sommet s’achève sur un succès indiscutable », a ainsi affirmé le président français Jacques Chirac à l’issue des travaux réunissant les responsables du Dialogue 5+5, groupe informel composé de la Tunisie, l’Algérie, le Maroc, la Libye et la Mauritanie côté maghrébin et de la France, l’Italie, l’Espagne, le Portugal et Malte côté européen. Le sommet a été « très positif », selon le président de la Commission européenne Romano Prodi, tandis que le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi en a « apprécié les résultats ». Mais plusieurs zones d’ombre, des espérances déçues, sont venues ternir le tableau final. Les réunions bilatérales sur lesquelles reposait le règlement de bon nombre de dossiers délicats n’ont donné aucun résultat concret, voire n’ont simplement pas eu lieu. Une de ces rencontres très attendues était celle entre le président français Jacques Chirac et le leader libyen Mouammar Kadhafi pour tenter de résoudre le problème de l’indemnisation des familles des victimes de l’attentat contre le DC-10 d’UTA. Elle n’a pas eu lieu et les deux hommes se sont ostensiblement boudé pendant la cérémonie d’ouverture du sommet. Le président de la Commission européenne Romano Prodi a lui aussi déclaré que la Libye « doit clarifier de manière exhaustive et juste son passé », pour nouer des liens plus solides avec l’Union européenne. Une réunion entre le Roi Mohammed VI du Maroc et le président algérien Abdelaziz Bouteflika était également perçue comme une possibilité sérieuse de redonner du tonus à une Union du Maghreb Arabe moribonde depuis dix ans en raison du conflit qui oppose les deux pays concernant le Sahara, mais rien ne s’est fait. Les diverses réunions bilatérales entre dirigeants européens n’ont pas permis non plus d’entrevoir une percée dans les travaux de la Conférence inter-gouvernementale sur la Constitution de la future Europe élargie. Pire, le chef du gouvernement espagnol, José Maria Aznar, qui figure avec la Pologne sur la liste des principaux accusés pour le retard pris par ces travaux, a quitté Tunis au bout de deux heures à peine, dès la fin de la première journée du sommet, ouverte au public.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *