Abdelouahed El Fassi : «Hamid Chabat est de mauvaise foi et n’a pas tenu parole»

Abdelouahed El Fassi : «Hamid Chabat est  de mauvaise foi et n’a pas tenu parole»

ALM : Qu’est-ce qui vous a incité à vous porter candidat au poste de SG ?
Abdelouahed El Fassi : C’est une question qui me revient souvent. Je pense que les causes qui m’ont poussé à accepter de poser ma candidature pour le poste de secrétaire général sont nombreuses et, à mon avis, graves. D’autant plus que cela n´a jamais fait partie de mes ambitions. L’ambition étant un constat d’échec (O. Wilde), j’ajouterai à partir d’un certain âge. C’est mon devoir envers le parti et ses militants qui a été ma première raison. C’est à la demande de dizaines de vrais militants que j’ai décidé de m’engager. Ces militants ont senti que le parti courait un risque grave du fait des comportements de certains individus, sentiment que je partage entièrement avec eux. Ce danger était en rapport avec certaines personnes introduites au sein du parti dont le but de le phagocyter, et si vous préférez, faire une OPA sur le parti dans le but d’en faire un corps sans âme. Ces militants ont estimé que dans l’état actuel des choses j’étais le seul susceptible de contrecarrer ces plans car j’ai la chance d’avoir non pas le monopole du cœur mais une bonne popularité et un capital confiance encore intact. Je ne suis certainement pas le meilleur, mais ils savent que le parti avec moi serait entre des mains sûres. Vous savez, depuis 1959, les vrais Istiqlaliens ont juré de défendre l’intégrité de leur parti jusqu’au bout. Je suis prêt à me sacrifier pour cette cause, et si j’échoue j’aurai au moins fait tout mon possible, et la conscience tranquille. C’est déjà bien. «A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire». Disons que je suis le candidat des militants et j’en suis fier. Ma candidature a également été animée par le fait que le PI aurait à jouer un rôle important dans la stabilité du pays à moyen terme comme il l’a toujours fait. Cela ne peut se réaliser que si ce parti garde sa force, son intégrité et qu’il soit dirigé par des personnes sans peur et sans reproches.

Qu’est-ce qui pourrait vous dissuader d’aller jusqu’aux urnes?
Il m’est totalement impossible de trahir tous ceux qui m’ont fait confiance. Ce serait un suicide et pour moi et pour les militants. Je n’ai jamais trahi personne. Et ce n’est pas maintenant que je le ferai. Il ne reste donc plus que la maladie ou la mort ou peut-être les demandes de ces centaines de militants, ce qui relèverait de la science-fiction.
J’y suis, j’y reste.

Est-ce que l’unité du parti est véritablement menacée aujourd’hui ?
Je ne crois pas que l’unité du parti soit réellement menacée et là n’est pas le problème. Il est parfois utile d’élaguer, de séparer le bon grain de l’ivraie. Pour reprendre sérieusement les choses en main. Ce que risque le parti actuellement c’est de perdre son âme et de devenir, à Dieu ne plaise, un outil de destruction de la démocratie, comme tant d’autres. Peut-on laisser détruire ce que nos parents ont construit grâce à leurs nombreux sacrifices ?

Quel est le candidat qui peut unir les deux camps ?
Vous pensez que s’il y avait un candidat susceptible d’unir «les deux camps» je me serais présenté ? En tout cas, en ce qui me concerne, il n’y a jamais eu qu’un seul camp, celui de l’Istiqlal.
Il n’y a pas deux camps, il y a 2 candidats, et il y a des électeurs du conseil national dont la majorité a la liberté de choisir, et qui choisira en son âme et conscience. Et une petite partie qui est totalement dépendante, pour différentes raisons, pas toujours très noble, mais qui devant un vote par bulletin secret choisira librement, j’en suis sûr.

Le camp adverse a bâti sa campagne sur le fait que votre candidature consacre la suprématie de la famille sur le parti au détriment de la démocratie. Qu’en dites-vous ?
Que voulez-vous que je vous dise, il faut bien trouver quelque chose à redire. Il est évident que c’est le comble de l’absurdité – Toute personne qui ressort cette histoire de famille méprise les militants et les considère comme des moutons de Panurge. Les militants choisissent celui en qui ils croient, qu’il se nomme X ou Y. Dans votre question il est dit, au détriment de la démocratie. Mais enfin, s’il y a plusieurs candidats et qu’il y a vote à bulletins secrets, n’est-ce pas là la démocratie ?
Je vais vous dire une chose, ce qui me fait le plus mal c’est de voir de grandes personnalités du parti de l’Istiqlal disparaître sans laisser leurs descendants au sein du parti. Seule doit primer la méritocratie. Les personnes qui ressassent cette histoire de famille souffrent de complexe d’infériorité et nous avons d’excellents psychiatres qui pourraient les prendre en charge, ou ce sont des gens qui font de la surenchère populiste de très basse échelle. De plus, le but est développer une forme de racisme contre laquelle tous les Marocains ont lutté pendant longtemps et qui porte préjudice à l’unité du parti et à terme à celle du pays.

Comment évaluez-vous le bilan d’Abbas El Fassi comme SG de l’Istiqlal ?
Je pense bien sûr que le bilan de maître Abbas El Fassi est globalement positif, le parti a fait une remontée spectaculaire pendant cette période. Aussi bien au niveau des résultats des élections qu’à celui de la politique de proximité, du moins pendant ses deux premiers mandats. Il est évident qu’une fois Premier ministre, il était plus difficile de concilier les deux activités. Ce qui a laissé un peu la place à certains dangers pour se développer. Je crois aussi qu’il n’a pas toujours su juger les hommes, c’est pour cela que ce sont ceux qui ont le plus profité de son passage qui se retournent aujourd’hui contre lui et le parti.
 
Que pensez-vous de la campagne médiatique massive qui a marqué l’actualité du parti ces derniers temps ?
J’en pense beaucoup de mal. D’abord, ce n’est pas le style du parti, ça pourrait être le style du syndicat. Et deuxièmement, il y avait un accord entre nous en tant que deux candidats, selon lequel nous allions faire une campagne propre, contacter les militants et arriver au conseil national sans aucun problème, comme des frères, puisque nous sommes tous dans le même parti et puis que le meilleur gagne une fois que les militants ont voté. Je pense que, malheureusement, Hamid Chabat n’a pas tenu sa parole. Il a utilisé lors de sa campagne des pratiques non permises. J’ai longtemps résisté avant de commencer à riposter. Mais je n’aime pas ce genre de choses. Ce que je veux c’est qu’il y ait un choix construit sur un programme, sur la confiance des gens. Et tout le reste ne sert à rien, en dehors du fait d’affaiblir le parti, créer des problèmes aux militants, et cela ne nous avancera jamais à rien. Malheureusement ça a été un choix de campagne. «L’homme c’est le style ».
 
Qu’en est-il du lavage en public du linge sale de Mohamed El Ouafa et Abbas El Fassi ?
Je suis désolé qu’il y ait des choses pareilles. Ce n’est pas une question de famille mais de parti. Et je pense qu’à l’intérieur d’un parti il faut que les choses se règlent loin du monde extérieur. Et que s’il y a des problèmes entre des personnalités du parti, ils doivent être soit calmés, soit réglés au sein du parti. Tout ce qui sort dehors n’est pas très reluisant pour tout le monde.
M. Chabat a aussi pointé du doigt la mauvaise gestion du patrimoine du parti et le fait que le rapport financier du parti manque de transparence…  
Ça, par exemple, c’est le summum de la mauvaise foi. Parce que s’il y a un point qui est très important pour nous en tant qu’Istiqlaliens c’est que, sur le plan financier, tout soit clair. Et il y a eu lors du congrès un rapport financier qui a été établi par M. Saadedine El Alami, le trésorier du parti, et qui a été lu en séance plénière, discuté et approuvé.  S’il y avait quoi à redire là-dessus, on aurait pu le faire lors du congrès. De plus, il y a la Cour des comptes qui joue son rôle, étant donné que l’argent que reçoit l’Istiqlal à l’instar de tous les partis, provient de l’Etat. Aussi tout apport au parti serait minime puisque actuellement une personne ne peut pas donner plus de 100 mille DH comme vous le savez. A côté de cela, il y a le fait de venir et dire, et c’est le comble de la couardise, que nous les descendants de Allal El Fassi, avions hérité des biens du parti. Mais les biens du parti sont toujours au nom de Abbas El Fassi et je crois que c’est la meilleure garantie, puisqu’il était le président du parti et qu’il n’y avait pas alors la loi sur les partis qui aurait permis à un parti d’avoir des biens. A présent que cette loi existe, nous essayons de transférer au parti tout ce qui est au nom de Allal El Fassi sachant que cela demande énormément d’argent et que la loi nous offre une dérogation de deux ans.

Vous êtes quelqu’un de discret, comment vous vous définiriez et quelle serait votre valeur ajoutée à la tête du parti ?
Vous dites que je suis discret. C’est vrai, je ne suis pas le genre à parler tout le temps, je n’ai pas ce que j’appellerai le syndrome de «la diarrhée médiatique». Mais quand il le faut, depuis 1989 que je suis membre du comité exécutif jusqu’à présent, je donne mon avis et je joue un rôle important à l’intérieur du parti. Et c’est cela qui fait que les militants me soutiennent et sont avec moi. J’ai des contacts à travers le Maroc. Bien sûr j’ai été ministre, mais je suis d’abord et avant tout un homme de parti, et par conséquent, il n’est pas nécessaire d’être sur le devant de la scène pour être présent. Et je suis là pour le parti.  Et j’estime que le parti est quelque chose de très important pour le pays. Je pense que je joue mon rôle, je n’ai pas besoin de gloire.  Si je suis secrétaire général, ce dont vous pouvez être sûr c’est que le parti de l’Istiqlal restera le parti de l’Istiqlal. Et c’est ça qui est important. Parce que si quelqu’un d’autre était amené à être le secrétaire général de l’Istiqlal, dans l’état actuel des choses, eh bien le parti courrait le risque grave de perdre son identité et son âme et dans ce cas je pense que cela pourrait avoir des répercussions sur tout le monde.

Vous êtes pour que le parti de l’Istiqlal reste le parti de l’Istiqlal ?
Oh oui ! C’est très important. C’est très important !

Mais, justement, l’argument de M. Chabat contre vous c’est qu’il prône le changement, la modernisation du parti…
Ecoutez ! Quand on parle actuellement à travers le monde de changement cela revient à dire qu’on va faire une mue totale, enlever sa peau et reprendre une autre. C’est une volonté à l’échelle internationale d’uniformiser la vie politique. Mais dans ce cas-là, on perd nos repères, on perd notre humanisme, l’on n’existe plus et l’on n’existera plus ni comme parti ni comme pays. On sera un pays comme un autre sans aucun apport. Qu’est-qu’on pourrait changer dans nos idées ? L’Islam, non seulement c’est la religion du pays, mais c’est également un élément très important dans son unité, c’est le cas aussi pour la monarchie et l’unité territoriale. Les principes de l’Istiqlal sont les mêmes, et nous restons, comme j’ai dit plus haut, une alternative tout à fait valable. Mais cette alternative a peut-être besoin de changer de look, de moyens d’expression et de communication, de méthodes, c’est le seul rôle qu’on peut jouer. On peut rajouter des choses d’ailleurs et qui s’adaptent à notre modèle de société, mais le changement est un risque majeur. Le parti de l’istiqlal doit garder son âme, c’est dans l’intérêt de tous.

Si Feu votre père était encore vivant, qu’est-ce qu’il aurait pensé aujourd’hui ?
C’est une question très difficile. Mais je pense que si mon père était vivant, nous l’aurions suivi parce que c’était notre maître à penser. Par conséquent il aurait pensé comme toujours que lorsqu’il y a quelque chose d’anormal il faut le dire, essayer de le corriger tout en restant très fin diplomate et très fin politique. Et je pense que la situation actuelle n’est pas facile, mais on peut tous, en étant des nationalistes, s’en sortir, d’autant que le peuple marocain est un peuple à part, qui sait démontrer, dès qu’il le faut, son sens du sacrifice.

Programme de Abdelouahed El Fassi pour sauver l’Istiqlal

Comment renforcer les institutions du parti, son rôle au sein de la coalition gouvernementale et au Parlement?
 
Il faut d’abord renforcer la liberté de décision du parti et l’immuniser contre toute forme d’immixtion. Agir à travers l’action gouvernementale parlementaire et les institutions constitutionnelles, politiques et élues où le parti est représenté pour que le projet sociétal issu du 16ème congrès ne reste pas lettre morte. Une meilleure participation des militants à la prise de décision au sein du parti, tout en renforçant la démocratie interne. Etablir des critères précis dans le choix des candidats, aussi bien au sein du parti qu’à l’échelle nationale ; une structure organisationnelle du parti basée sur la décentralisation en préparation à la régionalisation élargie ; améliorer l´image du parti par une meilleure politique de communication et un discours permettant de véhiculer nos idées qui restent d’actualité, selon les critères modernes plus à même d’être perçus par la jeunesse ; s’ouvrir sur l’ensemble de la société marocaine tout en évitant toute sorte de conflit avec les autres partis, car concurrence n’est pas inimitié ; rechercher de nouveau moyens de financement (de plus en plus difficile) pour pouvoir appliquer ces réformes et mettre en place une structure de contrôle de gestion des dépenses budgétaires ; établir des contrats-programmes avec les organisations du parti telles que la jeunesse istiqlalienne et la femme istiqlalienne, pour que chacun puisse jouer son rôle et éviter les dérives. Et si ça donne de bons résultats, le généraliser à tous les niveaux. Il faut donner une importance à la formation et la formation continue des militants à travers l’institutionnalisation de l’université d’été pour la formation et les études, et créer des universités régionales. Enfin créer une instance pour améliorer la coordination entre l’équipe gouvernementale du parti, le groupe parlementaire et la direction du parti.

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