Abidjan succombe au couscous au thon

Une baraque ouverte aux quatre vents, six bancs antédiluviens dont deux servent de tables à manger, une petite radio- cassette diffusant de la musique en permanence, deux bassines d’eau pour se rincer les mains, un morceau de savon de Marseille bien entamé et une serviette à la propreté douteuse. c’est chez Abou: un garba-droume où on ne peut manger que du garba, rien que du garba et à bon marché.
Depuis cinq ans, Abou C., un nigérien de 32 ans, a élu domicile à Adjamé (commune d’abidjan) où il a ouvert sa gargote qui ne désemplit jamais servant à sa nombreuse clientèle du garba, c’est-à-dire de l’attiéké (couscous de manioc) accompagné de thon frit, d’oignons et de piment. Un plat très prisé en côte d’ivoire notamment par tous ceux qui n’ont pas les moyens de se faire un vrai restaurant ou qui ne peuvent pas se permettre de rentrer chez eux à midi. Les garba-droume, ces fast-food à l’africaine, ont proliféré ces dernières années à Abidjan et attirent de plus en plus une clientèle qui s’y restaure à des prix plus qu’abordables qui varient entre 150 et 200 francs cfa (entre environ 2,40 et 3,20 dh). c’est bon, c’est de la bonne nourriture, une alimentation riche en calories et qui aide à tenir le coup jusqu’au soir, déclare un habitué qui affirme qu’on peut apporter sa boisson préférée ou se contenter d’un sachet d’eau glacée qu’on s’achète sur place à 10 francs cfa (environ 0,16 dh). outre l’eau glacée, certains garba-droume mettent à la disposition de leur clientèle des boissons locales, particulièrement le bissap et le gingembre qu’ils vendent 50 francs cfa le sachet (environ 0,80 dh).
Salimata K., une secrétaire de direction, abonde dans le même sens en affirmant qu’au départ elle était très réticente avec une bonne dose d’appréhensions, mais vu l’engouement et le succès des garba-droume, elle s’est laissée convaincre par une amie et depuis lors elle est devenue une habituée même si la qualité de l’attiéké laisse à désirer.
bien sûr, ce n’est pas dans les garba-droume qu’on trouvera de l’abodjama, le must de l’attiéké, que consomment les nantis de la société ivoirienne qu’ils accompagnent non pas de thon, le poisson du pauvre, mais de mérou et autres poissons à la chair raffinée et au prix élevé.
nos clients ne viennent pas pour déguster, mais pour manger dans une ambiance bon enfant où le sport, la politique ou la cherté de la vie y sont commentés sans passion et sans haine, souligne Boussaga O., un jeune burkinabé qui gère un garba-droume à Youpogon. il explique que son métier demande de l’endurance et une disponibilité permanente. Il est vrai qu’il faut se réveiller tôt pour aller au port acheter le poisson, préparer l’attiéké, ainsi que les sachets d’eau et des boissons locales qui sont consommés par les clients en grandes quantités. Pourtant, les jeunes ivoiriens qui sont aussi touchés par le chômage, hésitent encore à investir dans ce secteur de l’activité économique qui ne semble pas les intéresser.
Ce commerce, qui nourrit son homme, est pour le moment boudé par les ivoiriens qui estiment que c’est une activité pour les femmes le laissant ainsi entre les mains des étrangers, particulièrement les nigériens et les burkinabés qui sont devenus ainsi les maîtres du garba. par les temps qui courent, il n’y a plus de métier spécifique aux femmes et un autre réservé uniquement aux hommes, comme il n’y a pas de sots ou de petits métiers, déclare fièrement Zango, un burkinabé qui vit confortablement grâce son garba-droume qui lui permet de faire des économies qu’il compte investir chez lui, près de Ouagadougou.

• Mohamed El Khayate (MAP)

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