Affaire des jeunes femmes d’Inzegane : Grave dérapage et étrange silence du ministère de la justice

Affaire des jeunes femmes d’Inzegane : Grave dérapage et étrange silence  du ministère de la justice

Atteinte à la pudeur. Ces mots vagues ont conduit deux jeunes femmes à Inzegane directement en prison pour avoir porté des robes que la foule dans un souk dans cette petite ville n’aurait pas appréciées. La suite est connue.

La police intervient et embarque les deux jeunes femmes que le parquet général a décidé illico de poursuivre pour atteinte à la pudeur. Une poursuite judiciaire qui a choqué plus d’un par ses nombreuses zones d’ombre, son caractère très approximatif, ses fondements étranges et surtout ses conséquences qui peuvent être dramatiques.

Car après tout, voilà un fonctionnaire, puisque le parquet relève toujours du ministère de la justice, qui décide, on ne sait en fonction de quoi, que porter une robe ou une jupe au Maroc est désormais un délit… Ahurissant! Dans la même logique, un autre fonctionnaire du parquet peut demain décider que le port du short y compris par les hommes serait contraire à la loi…

De telles énormités ne peuvent pas passer inaperçues. Et c’est bien pour cela qu’une grande partie de la société s’est rapidement mobilisée. A commencer par la classe politique qui à l’image de Mohamed Nabil Benabdellah, secrétaire général du PPS, et Salaheddine Mezouar, président du RNI, était là pour dénoncer une dérive, une régression grave. Mezouar a souligné que «tout le monde se doit d’assumer ses responsabilités face à ces développements dangereux en vue de préserver la stabilité du pays, ainsi que le caractère modéré et du juste milieu dont l’institution d’Imarat Al Mouminine est le premier garant».

Une bonne partie de la société s’est donc levée contre cet incident grave, mais cela ne doit pas nous empêcher d’aller jusqu’au bout dans le débat, soulever les vraies questions et surtout parler de l’impact de cette affaire sur l’image du Maroc. Dans un monde où l’information circule en temps réel et où les réseaux sociaux ont définitivement aboli les notions du temps et de l’espace, le scandale pouvait facilement dépasser nos frontières.

Le Maroc est donné aujourd’hui comme exemple d’ouverture, de tolérance et de promotion des droits de l’Homme au milieu d’un chaos politique et sécuritaire presque généralisé. Mais c’est ce même Maroc où des personnes sont poursuivies pour avoir porté des robes. L’image du pays, de nos institutions, de nous en tant que société, en prend au passage un sérieux coup.
C’est d’autant plus vrai que plusieurs affaires ces derniers mois toujours en liaison avec la sacro-sainte atteinte à la pudeur ont fait de la mauvaise publicité pour notre pays, rendant parfois inutile, ou du moins sans grand impact, toutes les actions de promotion de la destination «Maroc». Les répercussions sur les institutions nationales sont tout aussi importantes. D’abord parce que le parquet général, en décidant de poursuivre les deux jeunes femmes, donnait l’impression de céder à l’envie d’une foule.

De même, l’engagement de poursuite judiciaire suscite des interrogations, notamment en ce qui concerne le processus de la prise de décision. Si les magistrats du siège demeurent indépendants, les magistrats du parquet ne le sont pas ou du moins, pas au même degré.

Dans notre pays, la loi en vigueur met le parquet général sous la tutelle du ministère de justice et des libertés. Le procureur a-t-il pris la décision de poursuivre les deux filles en toute liberté ? Si oui, la tutelle devait-elle intervenir plus tôt et plus rapidement pour limiter les dégâts?

Ce sont là autant de questions qui méritent aujourd’hui réponse alors que, bizarrement, à ce jour encore et malgré tous les remous, le premier responsable censé s’expliquer sur les tenants et les aboutissants de cette affaire, à savoir le ministre de la justice, est resté bien silencieux…

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