Affaire Kelly : la BBC se défend

Affaire Kelly : la BBC se défend

M. Davies a notamment justifié la réaction du « Conseil des gouverneurs » de la BBC qu’il préside, et qui avait apporté son soutien entier au reportage du correspondant militaire Andrew Gilligan fin mai accusant le gouvernement de Tony Blair d’avoir gonflé un dossier sur les armes irakiennes présenté en septembre 2002. Et ce sans même savoir à l’époque qui était la source « anonyme » de cette information — David Kelly, en l’occurrence. A cette période, a rappelé M. Davies, la BBC était soumise à une « pression absolument sans précédent », voire « intolérable », de la part du directeur de la communication de M. Blair, Alastair Campbell. Selon M. Gilligan, M. Campbell aurait exigé une réécriture du dossier des services secrets sur l’armement irakien pour le rendre « plus sexy ». Par exemple, en ajoutant la mention alarmiste selon laquelle l’Irak pouvait déployer des armes de destruction massive en 45 mn, information émanant d’une seule source et jugée peu fiable par une partie des experts. « Je crois qu’il était parfaitement raisonnable de penser que le public attendait des gouverneurs qu’ils prennent position en faveur de l’indépendance de la BBC », a expliqué M. Davies. D’autant que la BBC ne faisait selon lui que rapporter l’opinion d’une source anonyme mais en aucune façon « ne remettait en question l’intégrité du Premier ministre », comme l’a suggéré M. Campbell. Ce « conseil des gouverneurs », composé de 12 membres « très expérimentés et indépendants », est chargé de veiller au respect de la mission d’intérêt public de la BBC. Il n’avait aucun intérêt à « soutenir la direction de la BBC comme une fin en soi », a-t-il assuré. Ce conseil de surveillance avait été vivement critiqué pour avoir appuyé sans réserve, dans un communiqué publié le 6 juillet la direction et la rédaction de la BBC, sans prendre la peine de vérifier la crédibilité des informations d’Andrew Gilligan. Autre témoin de cette dernière journée d’auditions publiques, le supérieur hiérarchique de David Kelly au ministère de la Défense, Bryan Wells a, pour sa part, assuré que l’expert en armement n’avait « exprimé aucune inquiétude » lorsqu’il lui a annoncé au téléphone que son nom allait être publié dans les médias. Cette annonce lui a été faite lors de deux brèves conversations téléphoniques, dont la première a duré moins de 50 secondes en raison d’une mauvaise communication, a-t-il révélé. Mais ses propos contrastent fortement avec les déclarations de la veuve de David Kelly début septembre, affirmant que son mari avait ressenti un vif sentiment de « trahison » lorsque son nom était apparu sur la place publique, à l’initiative du ministère. Quelques jours plus tard, dans la soirée du 17 au 18 juillet, le scientifique se donnait la mort en se tailladant les veines du poignet gauche. La journée de jeudi doit être consacrée aux conclusions des avocats du gouvernement, de la famille Kelly et de la BBC. A l’aune de l’agressivité des contre-interrogatoires qu’ils ont menés depuis deux semaines, dans le cadre de la deuxième phase de l’enquête dirigée par le juge Brian Hutton, leurs « conclusions » pourraient s’apparenter à de véritables réquisitoires.

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