Al-Sahhaf super-star

Al-Sahhaf est désormais célèbre à l’échelle mondiale. Au point où il est devenu facteur vendeur par excellence. Un mois après avoir déserté les écrans de télévision, il a encore vocation à galvaniser les foules. On se l’arrache sur tous les plans. «Je ne suis pas Sahhaf» est un film égyptien dédié au grand talent de l’ex-ministre irakien de l’information. Sur un ton léger, le film raconte l’histoire d’un homme de la rue qui admirait tellement Al-Sahhaf qu’il fut obsédé par celui-ci. Il était hanté par les conférences de presse donné quotidiennement par Al-Sahhaf, au point de rêver de lui, pour finalement se prendre abruptement pour l’ancien ministre de l’Information. Au début, son entourage ne le prend pas au sérieux. Mais une fois la guerre arrivée à terme, sa famille tente de le livrer aux Américains dans l’espoir d’obtenir une récompense. Le tournage avait duré une semaine. Produit par Abou Al-Qassem Omar Rageh, de nationalité libyenne, le film devrait bientôt être diffusé sur les chaînes de télévision arabes dans sa version courte (12mn). Sa sortie en salle est prévue pour l’été. Entrecoupé de scènes de guerre, le film vise à dénoncer non seulement l’agression américaine contre l’Irak, mais aussi le discours et l’attitude officiels arabes. La dernière image du film met en scène un soldat américain gardant le ministère du Pétrole à Bagdad, afin de montrer les véritables objectifs de cette guerre. Al-Sahhaf avait brillé par ses déclarations sur un ton plus que certain. Pendant toute la guerre en Irak, il avait survendu, avec une obstination stupéfiante, les démentis irakiens aux reporters étrangers présents à Bagdad. «Il n’y a pas d’Américains infidèles à Bagdad, jamais !» «Nous contrôlons l’aéroport Saddam à 100% et personne ne pourra dire le contraire. Nous organiserons incessamment une visite sur ce site». Pendant ce temps-là, les télévisions du monde entier montraient des GIs sur la piste de l’aéroport en question, ainsi que des incursions américaines au sein de la capitale. La célébrité d’Al-Sahhaf lui a valu deux sites Internet entièrement dédiés à lui. L’un des deux sites, www.weloveiraqiinformationminister.com (nous-aimons-le-ministre-irakien-de-l’information.com), consacré par ses fans à ses sorties souvent trompeuses, connaît un succès sans précédent. On y vend notamment T-shirts, caleçons, tasses, sacoches et autres articles à l’effigie de l’ancien ministre irakien, avec ses déclarations les plus célèbres. Des articles que l’on s’arrache à couteaux tirés. Sur l’autre site, on peut écouter ses déclarations, image à l’appui. Aussi, sa figure vendue dans sa version parlante à un prix équivalent à 350 DH, connaît un franc succès sur les étals new-yorkais. Juste après la fin de la guerre, Al-Sahhaf était très recherché par la chaîne Al-Arabia, qui lui avait sérieusement offert un emploi, vu qu’il n’est pas recherché par les Américains. Par ailleurs, la compagnie aérienne, Ryanair, avait lancé une campagne publicitaire, dans des journaux britanniques, mettant en scène Al-Sahhaf pour ridiculiser sa rivale britannique EasyJet. La pub utilise une photo en noir et blanc de Mohamed Saïd Al-Sahhaf en uniforme proclamant sur un ton martial : "Nous sommes en train de gagner la guerre, nous battons les Américains et EasyJet offre les prix les plus bas du marché". La compagnie irlandaise estime en effet qu’elle propose les tarifs les plus bas du secteur, réfutant ainsi les récentes campagnes de publicité d’EasyJet. Les sorties de Mohamed Saïd Al-Sahhaf rivalisaient de nationalisme et de patriotisme. Le monde entier y avait cru, notamment les Arabes. L’ancien ministre de l’Information (surnommé également ministre de la Vérité) avait donné de faux espoirs aux gens, il leur a fait croire à une victoire certaine de l’Irak. La désillusion qui avait suivi n’avait pas d’égal. Mais, pouvait-il faire autrement ? Il ne disait que ce qu’on lui dictait, mais il faut reconnaître qu’il jouait son rôle à merveille. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Al-Sahhaf a raté sa véritable vocation.

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