Algérie : Entre rêve et cauchemar

Feux d’artifice, salves de canons et concerts de klaxons assourdissants ont éclaté lundi à 00h00 précise à Alger, alors que les navires mouillés en rade actionnaient leurs sirènes pour saluer l’événement. Le discours du président Bouteflika, les nombreuses personnalités qui ont assisté au spectacle chorégraphique retraçant l’histoire de l’Algérie sous la colonisation française etc, tout cela ne sort pas du cadre de l’ordinaire, car il s’agit d’une fête nationale.
Ce qui ne l’est pas en revanche, et la remarque a été faite par plusieurs observateurs locaux et étrangers, c’est la décision du président algérien d’annuler le défilé militaire prévu pour commémorer l’événement. C’est pour montrer à quel point «l’Algérie est attachée à la paix», sachant que la conjoncture dans la région a été marquée ces derniers temps par une sorte de montée de ton entre l’Algérie et le Maroc, opposés à cause du problème du Sahara. Ce même Maroc, dont le Souverain n’a pas raté l’occasion pour féliciter le président algérien, qui a historiquement servi de base arrière pour la résistance algérienne. De nombreux combattants nationalistes avaient fait, en effet, du Maroc, indépendant dès 1956, la base de leur résistance. C’était leur pays indépendant à partir duquel ils tentaient de libérer leur autre pays croupissant sous le colonialisme. D’ailleurs, deux des principaux acteurs du déclenchement de la guerre d’indépendance, Hocine Aït Ahmed et Mohamed Boudiaf, ont ainsi cultivé de puissants réseaux marocains, le second vivant d’ailleurs en exil plusieurs années dans le royaume avant de rentrer en 1992 en Algérie et d’y être assassiné. Mais en dépit de cette histoire commune, les différents régimes militaires algériens cherchaient, depuis près de 40 ans à nuire au Royaume du Maroc. Et malgré les différentes tentatives de bonne foi du Royaume, c’est toujours la dégradation des relations bilatérales qui a eu le dessus.
Lors de cette célébration du 50ème anniversaire du déclenchement de la lutte pour l’indépendance, le président algérien a parlé de patriotisme, du soutien de l’Algérie aux «causes justes » dans le monde, de la lutte contre le terrorisme et surtout, il a plaidé pour une réconciliation totale entre les Algériens, leur permettant de «vivre enfin» dans la paix civile et la sécurité, après des années de violences impliquant les islamistes armés et ayant fait plus de 100.000 morts. Bouteflika a même souligné que la réconciliation nationale relevait de la responsabilité de tous les Algériens. Sauf que d’autres personnalités politiques, tout aussi ancrés dans l’histoire de la lutte de l’Algérie pour l’indépendance, ne partagent pas tout à fait les grandes lignes évoquées dans le discours de l’actuel président algérien.
«Nous n’avons pas tiré les leçons de 8 ans de lutte», s’est écrié Hocine Aït Ahmed, le plus vieil opposant au régime algérien, participant à la rencontre et qui vient de rentrer au pays après plus de cinq ans d’exil volontaire. M.Aït Ahmed a publié dans le journal français « Le Monde » dans son édition du 30 octobre, un long papier où il a parlé du « rêve brisé des Algériens » et dans lequel il a écrit « Cinquante ans après le lancement de la lutte armée, l’Algérie a plus que jamais besoin de renouer avec les promesses de Novembre. Si un Etat juste et égalitaire exprimait l’utopie d’hier, le réalisme devrait aujourd’hui dicter à nos potentats de respecter un minimum de règles de bonne gouvernance. ». Ont été également présents à la commémoration, l’ancien secrétaire général du Front de libération nationale (FLN, ex-parti unique), Abdelhamid Mehri, et l’ancien chef de gouvernement Mouloud Hamrouche. «Nous n’avons pas réussi à fonder un Etat démocratique comme l’avait voulu l’appel du 1er novembre » a pour sa part déclaré M. Mehri. « Les Algériens ne ressentent pas que l’Etat est le leur et est à leur service», a-t-il ajouté, estimant qu’«il faut libérer l’histoire de la révolution pour la vérité historique». M.Hamrouche a affirmé de son côté qu’il y a eu « construction, au lendemain de l’indépendance, d’un Pouvoir à la place d’un Etat ». Les militaires visiblement isolés, la balle est plus que jamais dans le camp du président « civil ».

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