Alkazabri, la déception… !

Alkazabri, la déception… !

Diffuser à grande échelle un discours qui encourage les clivages au sein de la société en la divisant sur la base seulement du vestimentaire « الهندام » peut-il être considéré comme un acte bienveillant ?

Les propos publiés, il y a quelques jours, par l’imam de la mosquée Hassan II, Omar Alkazabri, au sujet des tendances vestimentaires des Marocaines continuent d’enflammer les réseaux et de susciter les réactions. Il faut dire que celui qui jusque-là se contentait de remplir son rôle d’imam, s’est subitement découvert une vocation de grand moufti en s’attaquant au code vestimentaire pour en faire une matière à analyser la spiritualité des Marocains et de leur religiosité ou non. Notre imam «داعية» s’est ainsi fendu, sur sa page facebook, d’un plaidoyer sur la question des femmes et non-voilées et de ce qu’il appelle «la nudité» étalée dans nos rues. Pour lui, en donnant pour preuve un hadith, ces femmes qui ne sont pas suffisamment couvertes sont vouées à aller en enfer.

Si de tels propos sont de lui, en tout cas il ne les a pas démentis officiellement et publiquement puisqu’il s’est contenté de faire une déclaration à un site pour dire qu’il a déposé plainte pour piratage de son compte, nous sommes face à un cas d’école grave qui mérite bien une réaction officielle car au Maroc faire une fatwa est un acte bien encadré par les lois et les institutions du pays. Et les déclarations publiques d’un personnage du rang de l’imam Alkazabri ressemblent bien à une fatwa déguisée.
Mais au-delà de l’aspect réglementaire, les propos de M. Alkazabri, quand bien même ils pourraient paraître moralisateurs, sont paradoxalement contre une certaine autre morale, pas religieuse celle-là. Diffuser à grande échelle un discours qui encourage les clivages au sein de la société en la divisant sur la base seulement du vestimentaire
«الهندام» peut-il être considéré comme un acte bienveillant? Comment peut-on qualifier un individu qui connaissant son rang et son influence dans la société agit dans le sens d’attiser la haine et les ressentiments au lieu d’œuvrer pour pacifier et faire entendre la voix de la tolérance et du vivre-ensemble ?

Enfin et sans vouloir en tirer des conclusions hâtives, le timing de cette sortie médiatique de l’imam Alkazabri est lui aussi étonnant.
Le code vestimentaire en vogue aujourd’hui au Maroc a toujours existé depuis des années mais n’a visiblement jamais interpellé notre imam-moufti.
Mais voilà qu’il a décidé de prendre son courage à deux mains en année électorale et à la veille même du démarrage de la campagne.
Quant au débat sur le fond du sujet, et sans empiéter sur le champ des experts habilités en la matière, une question simple et triviale mérite d’être posée à l’imam Alkazabri :

entre une jeune femme habillée en jean et ne portant pas le voile dans la rue et une autre avec son hijab mais s’adonnant allègrement à l’adultère avec un homme donné lui aussi pour être d’une religiosité sans faille, laquelle des deux est plus musulmane que l’autre ?
Comme quoi, même pour notre religion, l’habit ne fait pas le moine…

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