Analyse : Les ministres du PJD ont-ils des difficultés à communiquer?

Analyse : Les ministres du PJD ont-ils des difficultés à communiquer?

Lahcen Daoudi ne décolère pas. Le ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de la formation des cadres considère sinon qu’on lui fait un mauvais procès, du moins qu’on déforme ses propos sur son intention de «recentrer l’aide de l’Etat et ses bourses sur les étudiants qui en ont le plus besoin». Particulièrement remonté contre ceux qui se tiennent derrière ce qu’il n’est pas loin de considérer comme une cabale menée contre ses pourtant pertinentes propositions de taxer l’inscription aux universités, comme il est de règle quasiment partout dans le reste du monde, il explique qu’il ne comprend pas la levée de boucliers suscitée par ce qui n’est pas encore une proposition, mais simplement un constat. «En ma qualité de ministre de l’enseignement supérieur, je me devais de tirer la sonnette d’alarme et de placer mes propositions dans leur contexte avant de les présenter en Conseil de gouvernement où elles seront débattues», a-t-il déclaré récemment sur les antennes de l’une des deux chaînes de la télévision.
Lahcen Daoudi n’est pas le seul ministre du PJD à s’estimer incompris, peu avant lui, sur la même chaîne, Bassima Hakkaoui a défendu sa stratégie pour asseoir l’égalité genre, la parité et les autres droits des femmes. Curieusement, la seule femme du gouvernement n’est pas bien jugée par les femmes, pourtant ses alliées objectives. Leurs associations ne manquent pas une occasion de le lui dire lui tenant rigueur qui de ne pas prendre leur avis, qui de ne pas aller vite en besogne et qui encore de ne pas avoir de claire vision sur ce qu’il faut entreprendre.
Cependant la ministre de la solidarité, de la femme, de la famille et du développement social est à peine moins bien lotie que Lahbib Choubani. Le ministre chargé des relations avec le Parlement et la société civile a, lui aussi, maille à partir avec ceux avec qui il est censé travailler la main dans la main : ces associations non gouvernementales qui n’en finissent pas de tirer à boulets rouges sur sa nouvelle proposition de contrat régissant les rapports entre l’Etat et la société civile. Il a dû expliquer que ce n’était qu’un projet et que la véritable proposition ne se fera qu’après discussions avec les partenaires et présentation en Conseil de gouvernement.
Lahcen Daoudi, Bassima Hakkaoui, Lahbib Choubani… cela fait trop pour que cela ne pose pas de questions: les ministres du PJD ont-ils des difficultés à communiquer sur ce qui est leur raison d’être au gouvernement? Ancienne que cette remarque. On convient qu’elle a commencé avec les cahiers des charges de Mustapha El  Khalfi, qu’elle s’est poursuivie avec les agréments d’Aziz Rabbah pour aboutir à ce qui est perçu par l’opinion comme les germes de l’enseignement supérieur payant. Mais faut-il pour autant considérer que le PJD qui a donné la mesure de son aisance dans la communication d’opposition n’est pas encore au fait de l’information de pouvoir ? Sans doute. Sauf que de nombreux observateurs font remarquer que la pratique de «l’information précoce et désordonnée» n’est pas circonscrite aux ministres PJDistes. Le ministre du tourisme s’y est essayé à plusieurs reprises avec ses prévisions de croissance les unes plus échevelées que les autres. De même qu’y a excellé le ministre de la santé dont les souhaits se portent manifestement mieux que le système sanitaire. Et c’est là où le bât blesse le plus : et si les envolées lyriques et les déclarations à rebrousse-poil des uns et des autres étaient le propre du gouvernement actuel ? Beaucoup le pensent et affirment qu’il y est en quelque sorte obligé pour tenter de faire oublier la lenteur des effets positifs de son action.

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