Bruxelles encore frappée par l’obscurantisme: La communauté marocaine mal-en-point !

Bruxelles encore frappée par l’obscurantisme: La communauté marocaine mal-en-point !

Deux attentats revendiqués par Daech ont secoué Bruxelles  mardi 22 Mars 2016 dans la matinée avec un bilan provisoire faisant état de plus de 34 morts et près de 200 blessés.

La première explosion est survenue au niveau de l’aéroport Zaventem tandis que la seconde n’a pas épargné les usagers du métro de la capitale belge. Une horreur qui intervient au moment où la communauté marocaine espérait un attendrissement de l’atmosphère. Notamment après l’arrestation du très recherché Salah Abdeslam.
Une ambiance détendue et un Salah Abdeslam sous les verrous à Bruges après une cavale qui n’avait que trop duré. C’est à quoi ressemblait il y a quelques jours Molenbeek qui espérait enfin quitter la Une des médias internationaux. Pour le plus grand malheur des Bruxellois, c’est aujourd’hui toute la capitale belge qui est en proie à l’obscurantisme. Une cellule de crise a été mise en place à l’ambassade et au consulat général du Maroc à Bruxelles en vue de suivre la situation et s’informer de l’existence de ressortissants marocains parmi les victimes. Afin de comprendre le poids social des attentats sur la communauté marocaine, il y a lieu de rappeler que la plus grande partie de notre diaspora en Europe réside en Belgique. Dans ce pays, les MRE représentent 4% de l’ensemble de la population. 47% d’entre eux vivent à Bruxelles.

«Il y aura un prix à tout cela et c’est nous qui l’assumons tous les jours à cause de ces ignorants. Heureusement que les gens sont solidaires et qu’aujourd’hui beaucoup comprennent que nous ne sommes pas tous les mêmes. Mais la méfiance est là. On est contrôlés et suspectés en continu. Je pense qu’à partir d’aujourd’hui, des choses vont changer», se désole Anwar, un musicien belge d’origine marocaine. Même son de cloche ailleurs. «Un coût social ? Alors qu’il n’était pas évident de trouver un travail à cause de la conjoncture, aujourd’hui mon origine ne me facilitera pas la tâche», souligne avec amertume Ilyas qui, lui, habite Schaerbeek ; une autre commune belge à grande concentration de Marocains et où les perquisitions, contrôles et patrouilles se déroulent en ce moment pour mettre la main sur des personnes suspectées d’être liées aux attentats de mardi.

Pour lui, des communes comme Molenbeek, Schaerbeek, Anderlecht… sont un peu l’équivalent des «China Town» mais pour les Marocains.
Ici en effet, que vous soyez belgo-belges ou belges d’origine marocaine, il est désormais difficile de se sentir en sécurité. Un constat conforté par Fatima qui précise que «les Belges sont très sympathiques, accueillants et tolérants. Mais là, je pense que l’on intègre une autre phase. Il sera difficile d’innocenter l’Islam de ce qui se passe autour de nous». Cette mère de famille qui réside à Molenbeek depuis 2007 nous explique qu’au départ une psychose s’est installée «à cause des médias». «Mon voisin d’en face, qui est Belge, a voulu tout de suite vendre son appartement. Ceci est impossible car plus personne ne voudra acheter à Molenbeek. C’est là une conséquence directe de la peur. Il y a trop de terreur à la télévision qui fait qu’on soit plus craintifs que jamais». A l’origine de ces calamités, des imams intégristes qui campent des mosquées non-autorisées mais tolérées. «C’est ainsi que des jeunes désespérés se font avoir», explique Fatima tout en dénonçant le fait que cette commune ne soit pas assez valorisée alors que la communauté qui y vit est d’une très grande qualité et que des Salah Abdeslam ne sont que des tristes exceptions qui portent atteinte à ce qu’est réellement Molenbeek.

«Je n’accuse pas seulement la politique. La majorité des parents ne met pas l’effort et l’intérêt nécessaires à l’éducation de leurs enfants. Heureusement qu’une jeunesse fière, digne et courageuse a compris l’enjeu de la scolarité et se donne à 300% pour émerger. Aujourd’hui ceci dit, vous imaginez qu’un jeune qui s’appelle Saleh Ben Laden et qui habite Molenbeek aura ses chances? Sauf s’il ressemble à Brad Pitt», ironise-t-elle en conclusion. Cette jeunesse évoquée par Fatima est parfaitement représentée dans les propos d’Ikram qui, elle, n’a que 18 ans. «Nous, enfants d’immigrés, méritons autant notre place que n’importe qui d’autre. Ça sera peut-être difficile, ou facile qui sait, mais dans tous les cas, le minimum que nous puissions faire pour rendre hommage à nos parents et grands-parents, c’est tout donner. Aujourd’hui à Bruxelles, dans les hautes écoles et les universités, des milliers d’étudiants d’origine maghrébine se donnent corps et âme pour en sortir gagnants. C’est dire que quelque part, on n’est pas tombé dans le piège facile de l’abandon définitif. On reste optimiste et on essaye de changer au maximum l’image qu’on nous a collés».

Même son de cloche chez Myriam qui, au moment où elle se confie à ALM, une opération d’évacuation de son école a lieu. Âgée de 22 ans, la jeune molenbeekeoise n’arrive toujours pas à comprendre comment une telle calamité a pu se produire. «Comment des jeunes qu’on a vu grandir se retrouvent aujourd’hui en Syrie, recherchés et à la Une des journaux mondiaux?», se demande-t-elle. Là encore, l’origine et la confession sont pointées du doigt. «Étant musulmane, je suis un peu «obligée» de me sentir impliquée dans tout cela. Cette religion de paix, d’amour et de tolérance est à l’heure actuelle encore une fois salie par ces terroristes qui font subir un calvaire à des habitants innocents», s’inquiète cette étudiante qui suit son master en sciences économiques. Elle tempère en accusant également les médias de trop en faire. «Vu de l’extérieur et à contempler la manière dont les médias exposent les faits, on pourrait croire que la situation est dramatique et qu’habiter à Molenbeek est un réel danger. Pour être honnête, il n’ y a pas grand-chose qui ait changé dans mon quotidien».

Rien n’aurait changé et pourtant, colère, incompréhension et inquiétudes sont les mots d’ordre de cette journée de 22 mars. Dans ce sens, le vice-président du Parlement bruxellois, Fouad Ahidar, appelle à ne pas céder aux effets pervers de cette épreuve. «Plus que jamais, soyons un peuple uni, solidaire et qui ne donnera pas raison à ceux qui veulent semer le chaos», a-t-il indiqué.

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