Chabat souffle le chaud et le froid

Chabat souffle le chaud et le froid

Hamid Chabat a encore accentué son emprise sur l’appareil de l’Istiqlal en parrainant personnellement, samedi à Rabat, l’ouverture du congrès constitutif de la section féminine de l’université libre d’enseignement affiliée à son parti. Le secrétaire général de «la plus vieille formation politique du Royaume» qui a paru avoir été dopé par le récent jugement du tribunal de 1ère instance qui a débouté le front du refus du «clan des Fassis» lequel lui contestait la victoire au dernier congrès national, a de nouveau retrouvé sa verve pour critiquer le gouvernement dont il est pourtant la 2ème composante en importance. Il n’est cependant pas revenu sur les péripéties de ses démêlés avec ses contradicteurs du «mouvement sans répit», ce qui a été perçu par les nombreux observateurs présents à la réunion comme le signe que le nouveau patron de l’Istiqlal considère que l’affaire est close et qu’il est passé au chapitre suivant.
Revêtant tour à tour sa double casquette de leader de parti et de chef de syndicat, Hamid Chabat ne s’est, en effet, pas privé de critiquer l’équipe d’Abdelilah Benkirane en n’excluant pas de ses attaques les ministres affiliés à sa propre formation politique. C’est ainsi qu’annonçant l’absence de Mohamed El Ouafa au congrès, il a eu cette pique à l’encontre du ministre de l’éducation nationale: «Si ses résultats avaient été bons, il serait là et ne se serait pas absenté». Si cette attaque a fait rire l’assistance, elle a surtout interpellé sur les intentions réelles du secrétaire général dans l’immédiat. Alors qu’on croyait enterrée- au nom de la stabilité gouvernementale dans un contexte délicat- son intention de demander un remaniement ministériel, l’évaluation qu’il a faite du rendu des siens au gouvernement ne laisse pas d’étonner. Il a jugé en effet que l’action des ministres istiqlaliens est globalement insuffisante.
Mais, aujourd’hui que la perspective d’un remaniement partiel s’est éloignée, nombreux sont ceux qui considèrent que Hamid Chabat fait de la surenchère politique. En particulier quand il a annoncé que sa proposition de remaniement envisageait de donner le 1/5 ème des postes ministériels à des femmes. Les Pjdistes font la confusion entre les préceptes religieux qui préconisent de ne se marier qu’avec une seule femme de peur d’être injuste et, l’action politique qui au contraire recommande d’y associer le plus grand nombre, a-t-il ironisé.
Hamid Chabat n’a pas non plus ménagé ses critiques à l’encontre de l’action sociale de l’équipe gouvernementale. Il a jugé que sa perception de la réforme de la Caisse de compensation risque d’être de peu d’effet sur le pouvoir d’achat des économiquement faibles. «Que faire avec 350 dirhams? Rien! Ce qu’il faut, c’est une aide qui soit au moins égale au SMIC», s’est-il écrié. Au contraire, a-t-il ajouté, telle qu’elle est conçue, l’esquisse de réforme de compensation du gouvernement actuel risque d’appauvrir la classe moyenne, laquelle est tenue, à juste titre, pour moteur de la croissance. Le leader de l’Istiqlal a également été très critique envers la politique de santé de l’équipe en place et de son projet de réforme des régimes de retraite. Il a également violemment dénoncé la décision du gouvernement de soustraire les journées de grève du total du salaire des grévistes et a considéré que la lutte contre la corruption mise en avant par le PJD devrait commencer par s’exercer dans ses rangs. Il a conclu en déclarant que l’une des solutions au marasme actuel est de promouvoir l’emploi des jeunes. Cette déclaration qui a été jugée comme plus politique que dictée par des considérations syndicales a cependant conforté dans l’idée que l’Istiqlal va continuer à faire de l’opposition constructive depuis les rangs du gouvernement.

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