Davos dresse l’inventaire

Davos dresse l’inventaire

« Les risques sont au coeur de nos préoccupations », a affirmé le président de la banque d’affaires Merrill Lynch International, Kevan Watts, résumant le sentiment de nombre de décideurs économiques présents à Davos. Pour les experts conviés devant un parterre d’entrepreneurs jeudi, les risques sont d’ordre géopolitique, économique, climatique et sociétal.
Le terrorisme arrive « évidemment » en tête depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, selon Gareth Evans, président de l’International Crisis Group, une organisation indépendante spécialisée dans le conseil et la gestion des situations de crise. Pour lui, le risque est celui du « big one », une énorme « attaque terroriste couplée avec l’utilisation d’armes nucléaires ou biologiques ». « Un embrasement dans le Golfe » est également envisageable, avec l’aggravation de la situation en Irak, l’armement nucléaire en Iran, mais aussi en Arabie saoudite, une « éventuelle attaque » contre Téhéran ou encore des frappes préventives d’Israël sur ses voisins, a relevé M. Evans. Les frictions entre la Chine et Taïwan ou avec le Japon, le programme nucléaire en Corée du Nord ou même les « troubles internes » en Chine, sans oublier le Soudan ou l’Afghanistan, constituent autant de menaces à prendre sérieusement en compte, a-t-il poursuivi. « Tout cela est très moche », a-t-il admis, mais « très crédible ». Autre risque majeur, le réchauffement de la planète, engendré par la combustion des énergies fossiles, selon John Holdren, professeur de politique environnementale à l’Université de Harvard. « Si vous perturbez suffisamment le climat, vous remettez en question la productivité agricole, forestière. Vous augmentez les dégats dûs aux tempêtes (…), vous augmentez le coût des infrastructures avec la montée du niveau des mers », a expliqué l’universitaire, évoquant l’engloutissement à terme de villes comme New York, Londres ou Washington. Il faut enfin craindre de grands mouvements incontrôlés de populations, « des maladies contagieuses » ou « la montée de l’Islam radical », a indiqué Samuel DiPiazza, pdg du cabinet de conseil PriceWaterhouseCoopers. Face à tous ces risques, la vacuité des moyens fait peur aux experts.
« Nous savons qu’il s’est créé un immense marché pour le terrorisme. Nous savons que des terroristes préparent une énorme attaque », mais la collaboration entre Etats et agences de renseignements, essentielle, fait défaut, a noté Ronald Noble, secrétaire général d’Interpol. « Nous faisons face à un manque flagrant de leadership », a déploré Gareth Evans, un avis partagé par John Holdren. Les deux dénoncent en choeur les autorités américaines, coupables de ne rien faire pour limiter les déficits courants ou les rejets de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Parmi les risques économiques figurent la flambée des cours du brut et « la chute rapide du dollar » sur les marchés des changes due à « l’aggravation du déficit des comptes courants américains », note Fred Bergsten, directeur de l’Institut américain d’économie internationale.
« L’alliance de ces deux risques pourrait produire une hausse rapide de l’inflation », forçant la remontée des taux d’intérêt et freinant consommation et croissance aux Etats-Unis. Le pays serait alors plongé dans une terrible récession, entraînant dans sa chute ses partenaires économiques européens et japonais.

• Géraldine Amiel AFP

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