Démocraties arabes : Le maroc en tête du hit-parade

Le sondage est de «The Economist». La publication britannique a dressé, dans sa livraison du 7 avril 2004, un classement des pays arabes par niveau de démocratie. Critères retenus, la liberté politique, la liberté religieuse, la liberté de la presse, l’ouverture économique, les droits des femmes et le rôle de la loi.
Le Maroc vient en tête avec 35 points sur 60 possibles, devant le Liban, et …l’Irak, invité surprise en troisième position. En pleine guerre de milices et alors que l’incertitude règne sur son avenir, ce pays, de loin l’un des moins sûrs dans le monde arabe, fait mieux que la paisible Jordanie (4ème), le Qatar, contrée des médias, et même la Tunisie, championne des performances économiques, mais sévèrement notée par The Economist qui ne lui accorde qu’un seul point de possible sur 10 en matière de liberté politique.
Dans ce classement, certains pays sont écartés de facto. Il s’agit des Iles Commores, Djibouti, la Mauritanie et la Somalie, pays où les libertés politiques ne sont pas garanties. L’Algérie qui vient de boucler une campagne présidentielle à l’américaine et des élections à l’algérienne est plombée à cause d’une ouverture économique insuffisante, des libertés politiques aléatoires et d’une liberté religieuse encore difficile à établir.
Dans ce classement, l’Arabie saoudite, diabolisée depuis un temps par la presse anglo-saxone, ferme la marche avec un cinglant «zéro», sur le chapitre des libertés politiques et sur celui des libertés religieuses. Le meilleur score réalisé par cette monarchie pétrolière s’est fait sur l’ouverture de l’économie, soit 7/10, presque autant que le Maroc, le Liban et la Jordanie. Autre pays tancé par le rapport : la Libye du colonel Moammar Khadafi qui récolte 15 petits points glanés sur le chapitre des droits de la femme. Il est vrai que la Jamahariya vient d’autoriser les amazones de son armée à se dévoiler.
Le journal britannique accompagne le classement avec de larges commentaires sur la situation générale dans le monde arabe, expliquant le report du Sommet de Tunis par l’insertion dans l’agenda de quelques thèmes comme «La consolidation du processus démocratique», «les droits de l’Homme», «Le rôle de la femme dans la société civile», thèmes dont quelques régimes sont encore rétifs. Bref, le vent de la démocratie n’a pas encore suffisamment soufflé dans la région, regrette le quotidien britannique, qui place résolument les dirigeants arabes dans le box des accusés. Et d’établir une comparaison avec l’Afrique subsaharienne où 18 régimes ont, tant bien que mal, cherché la légitimité par les urnes depuis 1990. Il y a certainement, note «The Economist», des raisons historiques à la résistance arabe face aux vents qui ont secoué le cocotier en Amérique Latine, dans le bloc soviétique et en Afrique.
La plupart des Etats du Moyen-Orient sont encore jeunes, avec des frontières qui reflètent encore plus les impératifs des colons britanniques et français que les réalités locales. Il y a cinquante ans à peine, les pays arabes rêvaient de bâtir une seule nation. «Un rêve qui a aussi son revers de la médaille : la centralisation du pouvoir, la marginalisation des minorités et la promotion de la culture de l’obéissance à travers le contrôle de la presse et du système de l’éducation». Et «The Economist» de chuter sur le «terrorisme», qui découlerait de la frustration des masses, et sur le désir d’immigration qui hante 51% des jeunes, à cause de l’échec économique.

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