Des expatriés menacés de perdre leur emploi

Environ trois millions d’expatriés en Arabie saoudite sont menacés de perdre leur emploi au cours de la prochaine décennie à la suite des mesures annoncées par le gouvernement pour tenter de maîtriser un taux de chômage de 20% et en hausse constante, estimaient mardi des économistes. Le ministre de l’Intérieur, le prince Nayef ben Abdel Aziz, qui préside le Conseil de la main-d’oeuvre, a annoncé dimanche que le nombre de travailleurs étrangers et de leur famille ne devrait pas excéder l’équivalent de 20% de la population saoudienne d’ici à 2013. Le pays compte environ 22 millions d’habitants, dont près de sept millions d’expatriés. La plupart sont des ressortissants arabes ou asiatiques, dont environ cinq millions sont employés dans le secteur privé. Le taux de chômage a atteint plus de 20% de la population active, et moins de 10% des Saoudiennes actives ont un emploi. Cette décision prévoit une réduction graduelle du nombre de travailleurs étrangers et de leur famille d’ici 2013 et permet aux autorités compétentes de réviser tous les deux ans ce plafond, ainsi que les politiques et les mesures à suivre pour parvenir à cette réduction. Le taux de croissance actuel de la population saoudienne étant d’environ 3,2% par an, la population saoudienne devrait d’ici 2013 s’élever à 23 millions de personnes, le nombre d’étrangers en Arabie ne devant alors pas excéder 4,5 millions.
La décision stipule en outre un système de quotas pour les ressortissants étrangers de manière à ce que le nombre de ressortissants d’un même pays n’excède pas 10% du nombre total d’étrangers.
Le système des quotas frapperait particulièrement les ressortissants de l’Inde, du Pakistan, du Bangladesh, de l’Egypte, du Soudan, de la Syrie et des Philippines qui dépassent tous actuellement les 10% de la population étrangère. Il s’agit d’une mesure « stratégique », estime le secrétaire général du Conseil de la main-d’oeuvre, Abdelwahed al-Houmaid, soulignant le risque « d’une catastrophe économique et sociale » si le nombre d’expatriés continuait de croître au rythme actuel. La majorité des travailleurs étrangers représente une main-d’oeuvre non spécialisée, explique l’économiste saoudien Ihsan Abou Houlaiga.
« La main-d’oeuvre spécialisée ne constitue que 15% du total. Le reste est non spécialisée et plus de 15% sont analphabètes », souligne-t-il. La décision « est conforme à une stratégie qui prévoit de réduire le nombre d’expatriés de 2,25% annuellement d’ici à 2020 », poursuit-il. « Le marché national est saturé d’étrangers. Il y en a parmi eux qui sont sans emploi et qui font concurrence aux Saoudiens sur le marché du travail », relève M. Abou Houlaiga.
Depuis le milieu des années 1990, le gouvernement saoudien a pris une série de mesures pour rendre plus aisée l’entrée de demandeurs d’emploi de nationalité saoudienne dans le secteur privé. Il y a deux ans, le gouvernement a augmenté les taxes sur le recrutement des expatriés. Le revenu des ces taxes est versé dans un fonds spécial créé pour aider à « nationaliser » les emplois.
« Cette fois-ci, la démarche semble très sérieuse (…) les pressions du gouvernement sont nécessaires », estime M. Abou Houlaiga. Bien que le sixième plan quinquennal (1995-1999) eut envisagé une réduction de 320.000 du nombre de travailleurs étrangers, le nombre d’employés étrangers avait augmenté de 80.000, relève-t-il.
Le plan actuel (2000-2005) vise à créer plus de 800.000 nouveaux emplois pour les Saoudiens, principalement par le remplacement des étrangers, mais les résultats ne sont pour le moment pas encourageants. La croissance économique du royaume, premier producteur mondial de pétrole, n’a été que de 1,8% par an en moyenne depuis 20 ans, contre une croissance annuelle de la population de 3,5% en moyenne sur la même période, tandis que le PIB par habitant, de 26.000 dollars en 1981, a chuté à 7.000 USD en 2001.

• Omar Hassan (AFP)

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