Dossier libyen : L’UA dans une zone de turbulences

Dossier libyen : L’UA dans une zone de turbulences

Dépassée sur le dossier libyen, l’Union Africaine (UA) est entrée dans une zone de turbulences face au renversement du régime de Mouammar Kadhafi par les rebelles, laissant ses membres divisés et en colère sur l’intervention militaire occidentale en Libye, selon des analystes. L’UA, qui affichait sa volonté de vouloir jouer un rôle de premier plan dans le règlement de la crise libyenne, se retrouve désormais dans une position contradictoire: une dizaine de pays africains ont fait savoir qu’ils reconnaissaient individuellement le Conseil de transition national (CNT, organe politique de la rébellion libyenne), mais l’UA elle-même en tant qu’institution refuse de reconnaître la légitimité du CNT.
Le bloc africain – qui regroupe 53 pays du continent – a refusé vendredi de reconnaître le CNT, jugeant la situation militaire encore trop instable, et réitérant à la place ses appels au dialogue, pourtant restés sans réponse depuis le début du conflit. Les échecs enregistrés dans les tractations et efforts pour mener à bien des négociations entre rebelles et Kadhafi – plans rejetés par les rebelles et ignorés par les Occidentaux – a entaché la crédibilité du bloc africain, estime un responsable de l’ONG Human Rights Watch, Aloys Habimana. «Ne pas comprendre que les tueries de Kadhafi torpillaient sa légitimé et faisaient de lui quelqu’un qui a plus sa place devant un tribunal international qu’à une table des négociations a été une erreur terrible», a ajouté M. Habimana. «La direction de l’UA, selon cet expert, a été divisée entre faire ce qui doit être fait et être solidaire avec ses pairs qui ont clairement pris des positions conformes aux principes et aux valeurs de l’UA». Plusieurs présidents africains, conscients des divisions dans leur propre pays, ont évité les discussions sur la révolution libyenne alors qu’eux-mêmes sont souvent aux commandes depuis des décennies sur la base de résultats électoraux controversés. Certains dirigeants africains comme le président, zimbabwéen Robert Mugabe, ont soutenu le régime Kadhafi sur une ligne immuablement anti-occidentale. «L’UA a réagi plutôt lentement à la crise (libyenne) pour plusieurs raisons», explique de son côté Paul-Simon Handy de l’Institut sud-africain sur les études de sécurité, notant que Kadhafi versait des fonds substantiels à l’UA. Et «certains chefs d’Etat étaient embarrassés à cause de leurs relations personnelles avec Kadhafi», analyse cet expert. Les frappes aériennes occidentales ont provoqué la colère de nombreux présidents africains, qui ont vécu ces raids comme contraires à «l’esprit (..) de la résolution» de l’ONU, estime Tom Cargill du Chatham House, un institut de recherches sur les risques basé à Londres. «Les dirigeants africains, selon lui, ont été furieux d’avoir été snobés par l’OTAN», car ils ont été «tellement de fois mis sous pression internationale pour trouver des solutions africaines à des problèmes africains», et «une fois qu’un problème de ce type apparaît, les nations occidentales arrivent et les mettent sur la touche». Les raids de l’OTAN ont souvent été perçus en Afrique comme une intervention pour changer le régime en place à Tripoli et «comme une intervention militaire occidentale des forces néo-colonialistes», a ajouté M. Cargill. Ils ont provoqué la colère même au sein de gouvernements dont les racines se sont nourries des changements révolutionnaires. «Il y avait un réel besoin de montrer une solidarité sud-africaine», a ajouté M. Cargill, soulignant l’immense colère parmi les dirigeants sud-africains qui ont renversé le régime de l’apartheid. La chute de Kadhafi et la perte des fonds substantiels qu’il versait à l’UA ont secoué l’organisation qui doit tirer des enseignements de cette crise, a ajouté M. Habimana.

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