Du plutonium à profusion à Pyongyang

Faisant de nouveau monter les enchères dans son long bras de fer avec les Etats-Unis, la Corée du Nord a suggéré avoir commencé la fabrication des armes et menacé de continuer d’extraire du plutonium pour renforcer son arsenal nucléaire et dissuader une opération militaire américaine. Enfin, Pyongyang a, de nouveau, laissé planer le doute sur la reprise de négociations multilatérales pour trouver une solution à une crise qui dure depuis un an. « La RDPC (République démocratique et populaire de Corée) a achevé le retraitement de quelque 8.000 barres de combustible nucléaire à des fins pacifiques », a déclaré un porte-parole du ministère nord-coréen des Affaires étrangères dans un communiqué diffusé par l’agence officielle KCNA. Les Etats-Unis estiment que la Corée du Nord s’est déjà dotée d’une ou deux bombes atomiques dans les années 1990 et que le retraitement des 8.000 barres de carburant irradié peut lui permettre d’extraire assez de plutonium pour fabriquer six autres engins environ en quelques mois. Les barres avaient été mises sous scellés dans le cadre d’un accord passé an 1994 avec Washington mais devenu caduc avec la révélation en octobre dernier que Pyongyang avait poursuivi ses ambitions nucléaires en secret. Après le retraitement, « la Corée du Nord a modifié sa politique d’utilisation du plutonium produit à partir de barres de combustibles retraitées pour augmenter sa force de dissuasion nucléaire », poursuit le texte. Le régime stalinien menace de poursuivre l’extraction du matériau fissible s’il se sent menacé alors que les Etats-Unis lui refusent des garanties de sécurité qu’il réclame. L’inquiétude de la Corée du Nord, qui figure avec l’Irak et l’Iran dans « l’axe du mal » du président George W. Bush, s’est accrue avec la guerre d’Irak. « Nous retraiterons davantage de barres de combustible dans une chaîne continue depuis le réacteur nucléaire de 5 megawatts de Nyongbyon (Yongbyon) sans délai si cela s’avère nécessaire », avertit le ministère nord-coréen. Le régime avait déclaré en avril avoir commencé à retraiter les barres de combustible irradié, apparemment pour faire pression avant une première session de négociations avec les Etats-Unis et la Chine sur son programme nucléaire. Les Etats-Unis et la Corée du Sud ont déclaré dans le passé être incapables de vérifier les affirmations de Pyongyang. D’autres négociations, élargies à trois autres pays : la Corée du Sud, la Russie et le Japon, se sont déroulées fin août à Pékin. Elles n’ont débouché sur aucun résultat mais sur l’assentiment qu’une nouvelle session devait avoir lieu à une date indéterminée. Mais la Corée du Nord a déclaré à plusieurs reprises ne rien attendre d’une poursuite des pourparlers tant que Washington maintiendrait sa ligne dure. Le communiqué nord-coréen de jeudi reprend des menaces de boycottage proférées mardi. « En ce qui concerne la reprise des discussions à six, la RDPC n’a fait aucune promesse à quiconque aux pourparlers de Pékin et cela reste vrai après les discussions », dit-il. Un responsable sud-coréen a estimé qu’il s’agissait en fait d’une tactique destinée à renforcer la donne de Pyongyang dans la perspective de nouvelles négociations.

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