Égypte : Ayman Nour restera en prison

Figure de proue de l’opposition égyptienne, Ayman Nour va rester en prison après le rejet jeudi de son pourvoi en cassation, alors que deux juges devenus des héros du camp réformiste recevaient un verdict contrasté. Dans un climat de tension autour de ces deux tests politico-judiciaires, des dizaines d’opposants, et parmi eux de nombreux islamistes des Frères musulmans, étaient interpellés par les services de sécurité, selon des sources sécuritaires. Toute manifestation avait été bannie aux abords de la Cour suprême, dans le centre-ville, là où jeudi dernier une protestation en soutien à ces juges avait été violemment réprimée par les forces anti-émeutes. Des milliers de policiers anti-émeutes quadrillaient jeudi cette zone.  Le pourvoi de l’opposant Ayman Nour, 42 ans, contre sa condamnation à cinq ans de prison a été rejeté jeudi, a annoncé le président de la chambre de la Cour de cassation.
Ayman Nour avait été jugé coupable en décembre d’avoir falsifié les documents présentés en vue de la création de son parti, Al-Ghad (libéral).
"C’est totalement injuste. J’espère que Dieu lui donnera la patience", a dit à la presse, son épouse en pleurs, Gamila Ismaïl. La présidence américaine s’était déclarée "profondément troublée" par la condamnation de M.Nour, et l’Union européenne avait fait part de ses interrogations sur le caractère politique du verdict. L’avocat avait été le principal rival du chef de l’Etat lors de la première élection présidentielle multipartite d’Egypte, en septembre 2005. Il était arrivé en seconde position, derrière le président Hosni Moubarak, 78 ans, élu pour un cinquième mandat consécutif. Par ailleurs, le juge Hicham al-Bastawissi a reçu un blâme et son collègue Mahmoud Mekki a été disculpé par un conseil de discipline devant lequel ils comparaissaient jeudi pour avoir exigé une enquête sur des fraudes électorales en 2005, a annoncé jeudi le président du conseil de discipline, Fathi Khalifa. L’audience du conseil de discipline s’est aussi tenue dans le bâtiment de la juridiction suprême, en l’absence des juges concernés. Le verdict a été immédiatement contesté par le président de leur comité de défense, Hossam al-Giriany. "Nous allons prendre toute les mesures judiciaires pour faire annuler cette décision prise par un despote", a-t-il dit à la presse. M.Mekki a déclaré qu’il considérait ce verdict "nul et non avenu", se refusant à désolidariser son cas de celui de M.Bastawissi, hospitalisé après avoir été victime, mercredi, d’un malaise cardiaque.
Les forces de sécurité ont arrêté environ 240 personnes, selon des sources de sécurité. Parmi eux, on comptait en particulier des membres des Frères musulmans, la principale force de l’oppositin, dont le porte-parole, Essam al-Aryane.
"400 membres des Frères musulmans et des autres forces d’opposition ont été arrêtés ce matin alors qu’ils manifestaient en soutien aux juges", a affirmé à l’AFP un dirigeant de la confrérie islamiste, Abdel Moneim Aboul Fotouh. Il a qualifié ces arrestations de "contraires aux conventions relatives aux droits de l’Homme". Une épreuve de force oppose depuis la mi-avril le pouvoir et la hiérarchie judiciaire au Club des juges (syndicat) qui représente les 8.000 magistrats égyptiens, en très grande majorité solidaires des deux magistrats incriminés. Ils avaient été accusés d’avoir porté atteinte à l’image de la justice pour avoir affirmé que des collègues avaient participé au trucage de scrutins qu’ils supervisaient, lors des législatives en fin de l’année 2005.

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