Femmes en entreprises : Le Maroc bon dernier

Femmes en entreprises : Le Maroc bon dernier

Les pays qui ont eu «raison du plafond de verre» qui empêche les femmes d’accéder aux postes de responsabilité et de décision possèdent les entreprises les plus performantes. Ce constat, fait à partir d’une étude sur les 500 plus grandes entreprises américaines, a été l’une des annonces les plus percutantes faites au cours de la cérémonie de présentation des résultats de l’étude sur la présence des femmes dans les organes de gouvernance des entreprises publiques et privées. Organisée mardi à Rabat par le ministère délégué aux affaires générales et à la gouvernance en partenariat avec le ministère de l’économie et des finances, le bureau ONU-femmes au Maghreb et  l’Institut marocain des administrateurs (IMA), l’étude a révélé que le Maroc «mérite d’être le 129ème pays parmi les 139 audités sur la place de la femme dans les instances de décision», tant la participation des femmes à la décision y est faible. L’étude précise que dans le secteur privé, les organes de décision de 54% des entreprises cotées en Bourse ne comportent aucune femme. Autre fait marquant: en règle générale, un seul poste d’administrateur sur 10 est occupé par les femmes. Dans les entreprises publiques, les choses sont franchement négatives car les femmes – administrateurs ne représentent que 5%. En fait dans 59% des entreprises publiques, aucune femme ne siège dans les organes dirigeants. En sorte que pour les 500 grandes entreprises, le taux  de participation moyen est à peine de 7%.
Mais, les raisons qui plaident en faveur de la parité dans les organes de gouvernance des entreprises ne sont pas seulement économiques. Elles sont également éthiques et juridiques. De l’éthique, Najib Boulif a parlé de manière originale, sinon originelle, en rappelant la place reconnue à la femme par l’Islam. Si ce rôle est minoré aujourd’hui, ce n’est pas l’Islam qui est en cause, mais l’application qui en a été faite à l’issue de plusieurs siècles de décadence, a-t-il déclaré en substance. Il a rappelé que Khadija Bint Khouailed, la 1ère épouse du Prophète, a été une très grande femme d’affaires, que la moitié des faits de notre religion nous ont été légués par Aicha Bint Abi Bakr… Aussi, a-t-il affirmé, le Maroc souscrit-il entièrement au principe de la parité. Il a rappelé que  les dispositions de l’article 19 de la Constitution de juillet font de cette parité une obligation et que l’article 164 prévoit des instances pour veiller à  son application. Le ministre qui a rappelé l’engagement du Maroc à se conformer aux conventions internationales qu’il a signées, a déclaré que l’étude sur la femme et la gouvernance n’est que le début d’un processus et que l’application de la parité sera suivie tout au long  de sa mise en place. Pour la représentante d’ONU-femmes, ce soubassement éthique est plus nettement moral car  l’égalité doit invariablement être continuée par la parité qui la matérialise. Dans les Etats démocratiques d’aujourd’hui, il ne saurait être question de marginaliser la moitié de la population nationale.
Reste le côté juridique et, celui-ci en particulier : comment réaliser la parité? Une 1ère remarque : la méthode des quotas est efficace. Mais, au démarrage seulement. Après la mise en route, l’éducation et la formation doivent prendre le relais. «Il faut alors constituer un vivier pour assurer la pérennité du système». Mais, en même temps, ont fait remarquer certains intervenants au cours de la discussion qui a suivi : il faut s’attaquer aux racines culturelles des freins à la parité. Une affaire particulièrement délicate car «il est difficile de changer les mentalités».
En particulier dans les sociétés patriarcales du pourtour méditerranéen. Mais, dans l’immédiat pour que tous ces projets prennent, il faut développer le réseautage qui permet aux femmes d’échanger et d’entreprendre sur une plus grande échelle que les individualités qui isolent.

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