France : Sarko et la sécurité

France : Sarko et la sécurité

En France, le thème de la sécurité revient au premier plan. Parce qu’ils portaient des uniformes, deux CRS ont été sauvagement agressés mardi soir à Corbeil-Essonnes. Avant-hier, le ministre de l’Intérieur français, Nicolas Sarkozy, en a profité pour s’attaquer à nouveaux aux juges. Le ministre a évoqué «la démission» et le laxisme des magistrats de Bobigny.
La gauche, victime de graves dissensions internes, a décidé d’enfoncer le clou. L’opposition a reproché au ministre de l’Intérieur d’avoir violé la Constitution en portant atteinte à la séparation des pouvoirs, dans le but de masquer ce qu’elle affirme être un échec de sa politique sur la sécurité.
«Le Kärcher en échec», a titré en Une mercredi le quotidien « Libération ». Le quotidien socialiste estime que c’est la méthode Sarkozy qui a été agressée.
«Nicolas Sarkozy ressort son chiffon sécuritaire», analyse pour sa part « L’Humanité » qui parle du retour du shérif, du jeu dangereux du ministre de l’Intérieur qui fait sa propre publicité sur le bilan d’une catastrophe.
Les propos de Sarkozy ont également provoqué un tollé chez les magistrats et conduit le Premier ministre à prendre la défense des juges. Une première ! Ainsi, le premier président de la Cour de cassation, Guy Canivet, a demandé audience au président Jacques Chirac afin de lui exposer la gravité d’atteintes réitérées à la répartition des pouvoirs prévue par la Constitution.
Sur un ton inhabituel, Guy Canivet dénonce dans sa lettre au chef de l’Etat « les termes provocants d’une intervention publique du ministre d’Etat ».
«Cette nouvelle atteinte à l’indépendance de l’autorité judiciaire et la polémique qui s’ensuit, opposant les institutions publiques, affaiblissent tout autant le crédit de la justice que l’autorité de l’Etat», écrit-il.
Nicolas Sarkozy n’en est pas à sa première critique des juges. En juin 2005, il avait déjà soulevé des réactions indignées en réclamant des sanctions disciplinaires plus efficaces contre les juges et en écrivant au président du tribunal pour enfants de Bobigny.
Cette fois-ci, Dominique de Villepin s’est démarqué de son ministre de l’Intérieur en soulignant «l’engagement des élus locaux, des préfets, des magistrats et des forces de l’ordre dans la lutte contre l’insécurité».
«L’importance de l’enjeu exige que chacun poursuive ses efforts pour plus de sécurité dans notre pays», a déclaré le Premier ministre à la suite d’une réunion à Matignon sur les banlieues.
Le fond de la controverse est l’augmentation ces dernières années des violences physiques sur les personnes, hausse qui serait particulièrement marquée en Seine-Saint-Denis.
Cette polémique survient au moment où le ministre de l’Intérieur propose au Parlement de durcir la justice des mineurs, avec un texte sur la « prévention de la délinquance » par lequel la gauche juge son bilan désastreux.

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