G.B : Un cas d’école

G.B : Un cas d’école

Iqbal Sacranie, secrétaire général du conseil musulman, a jugé « hautement irresponsables » les propos de David Bell, approuvés en revanche par d’autres voix islamiques. « Notre reconnaissance de la diversité ne doit pas se transformer en apathie face à un défi à notre cohésion en tant que pays », a plaidé lundi M. Bell, directeur de l’Ofsted, l’organisme qui inspecte les établissements anglais et gallois (l’Ecosse et l’Irlande du Nord ont des systèmes autonomes).
Le sujet est sensible dans un pays où la liberté de l’enseignement fait consensus et où l’appartenance communautaire, même très affichée, n’est pas jugée contradictoire a priori avec la citoyenneté. « L’une des grandes forces de la Grande-Bretagne, c’est sa diversité », a souligné David Bell, mais elle ne doit pas conduire à la « ségrégation ».
Le chef de l’Ofsted s’est dit « inquiet que de nombreux jeunes soient éduqués dans des écoles religieuses en étant peu informés de leurs responsabilités au sens large et de leurs obligations envers la société britannique ». L’école doit former des jeunes « intolérants à l’intolérance », a insisté M. Bell, appelant notamment au respect des femmes et des « personnes ayant des relations non traditionnelles ». Mohamed Mukadam, président de l’association des écoles musulmanes, a taxé ses propos d' »islamophobie ». Les critiques sont fondées, a jugé au contraire Idris Mears, de la même association, en affirmant que « les écoles musulmanes sont conscientes » du problème et qu’elles « agissent ».
Musleh Faradhi, le directeur d’un nouvel établissement islamique, London East Academy, s’est dit pour sa part « d’accord à 100% avec M. Bell. On ne peut pas vivre dans l’isolement, il faut se mêler aux autres gens, les comprendre et vivre en paix ». « Nous ne rendrions pas service à nos enfants si nous ne leur apprenions pas cela », a insisté M. Faradhi, en estimant que les reproches pouvaient aussi s’appliquer à des écoles chrétiennes et juives. Les critiques de M. Bell visent surtout les quelque 300 « écoles religieuses indépendantes » du pays. Celles-ci ne sont pas contraintes à suivre le programme national. La loi britannique leur assigne simplement de contribuer au « développement spirituel, moral, social, et culturel » des élèves. Une centaine d’entre elles, selon les chiffres de 2003, éduquent quelque 20.000 jeunes musulmans dans leur foi d’origine. Et parmi elles, environ 60 établissements se sont vus demander par l’Ofsted d’ouvrir plus leur enseignement à la tolérance des autres cultures. Le premier établissement « indépendant » musulman d’Angleterre a été fondé en 1983 par Yusuf Islam, l’ex-chanteur Cat Stevens. Son école Islamia de Brent, au nord de Londres, est devenue ensuite l’une des cinq écoles publiques musulmanes britanniques, financées par l’Etat sur le modèle de nombreuses écoles anglicanes associatives. Plutôt que de brocarder les « indépendants », l’Etat ferait mieux de financer un plus grand nombre d’établissements musulmans, a affirmé Iqbal Sacranie. L’éducation à la citoyenneté, a reconnu David Bell, « est moins un problème » dans cette catégorie rare « parce que l’obligation d’y respecter le programme national y est plus forte ». Quant aux « indépendants », a-t-il insisté lundi, leur « développement doit être encadré avec prudence par le gouvernement ».
L’Ofsted doit annoncer le mois prochain le nombre révisé de ces écoles, mais le «Times» affirme déjà qu’elles ont doublé en 2004.

• Christophe Schmidt (AFP)

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