G8 : Retrouvailles transatlantiques

«L’ambiance était meilleure qu’à Saint-Petersbourg », où Européens, Asiatiques et Américains avaient convergé la semaine dernière pour le tricentenaire de la cité impériale russe, a dit le Premier ministre canadien, Jean Chrétien, mardi après trois jours de travaux des huit grandes puissances.
« Le simple fait que nous nous soyons rencontrés et ayons fraternisé a été très utile », résumait-il. De fait, le sommet dans la ville thermale des Alpes françaises était prédestiné à mettre en scène le raccommodage des relations transatlantiques déchirées par la crise diplomatique sur l’Irak. Depuis des mois, certains des grands leaders de ce monde ne s’étaient plus rencontrés, voire parlé. Les rancœurs nées de l’affrontement entêté au Conseil de sécurité des Nations unies entre Washington et Londres, d’une part, et le front anti-guerre mené par Paris, Moscou et Berlin d’autre part, devaient trouver une fin maintenant que l’heure en Irak est à la reconstruction. «Mon impression est que les participants au sommet étaient tous intéressés à ce que nous abordions les problèmes internationaux de la façon la plus unie possible», a estimé le chancelier allemand Gerhard Schröder. «Nous voulions regarder vers l’avenir». Le Sommet d’Evian a permis d’atténuer les tensions internationales après l’Irak, ce qui est probablement son «résultat principal», a jugé le président russe Vladimir Poutine.
Pour sceller l’image de la réconciliation, le Président américain George W. Bush et son homologue français Jacques Chirac, hôte du sommet, se sont retrouvés lundi devant les caméras de la presse internationale, affichant sourires et propos aimables. Mais le choc diplomatique sans précédent autour de l’Irak laisse des traces indélébiles. Témoignant clairement de ses nouvelles priorités, le Président Bush a quitté ses partenaires 24 heures avant la fin du G8 pour gagner le Proche-Orient, pour participer à deux sommets successifs pour tenter d’imposer le plan de paix international de la feuille de route. Et c’est Cracovie, en Pologne, que le maître de la Maison Blanche a choisi pour présenter sa vision du partenariat avec l’Europe, ignorant superbement l’Union européenne dans son discours.
Pologne en tête, les pays d’Europe de l’Est qui rejoignent l’UE en 2004 avaient privilégié la fidélité transatlantique et soutenu Washington contre ce que le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld avait taxé de « vieille Europe ». Les différences entre les traitements accordés par le chef de la superpuissance mondiale aux membres de cette « vieille Europe » laissent penser que les faucons à Washington qui prônent la sape des efforts de construction européenne l’emportent dans la nouvelle doctrine de George W. Bush. Le chancelier allemand a été cantonné dans les coulisses des retrouvailles. En dehors des délibérations des chefs d’Etat et de gouvernements, il n’a eu droit qu’à un bref échange M.Bush, de surcroît en présence de Jacques Chirac, et hors caméras. Le G8 aura par ailleurs déçu tous ceux qui attendaient des résultats significatifs sur les questions de la faim dans le monde, du sida, de la santé ou de l’environnement, alors que l’Afrique était la priorité officielle du sommet. Plusieurs dizaines de milliers d’opposants au "directoire" du monde avaient manifesté dimanche dans le calme à bonne distance d’Evian, transformé en camp retranché. Les organisateurs altermondialistes du "Sommet pour un autre monde", ont dénoncé un "G8 pour rien".
Les marchés n’ont pas davantage obtenu la déclaration officielle pour enrayer la glissade du dollar par rapport à l’euro et au yen.

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