Immigration : la Suisse verrouille ses frontières

Les Suisses ont voté dimanche à une très large majorité en faveur de nouvelles lois plus restrictives sur l’immigration et le droit d’asile en dépit de l’opposition des Eglises, des partis de gauche et des organisations de défense des droits de l’Homme.
Les Suisses ont voté à 68 % en faveur de la nouvelle loi sur l’immigration et à 67,8 % pour durcir les conditions d’accès au droit d’asile. Aucun des 26 cantons ne s’est opposé à la nouvelle réglementation. Comme le permet la Constitution du pays, les opposants avaient demandé que soient soumis à référendum ces deux projets déjà votés l’an dernier par le Parlement et dont tous les sondages confirmaient sans ambiguïté la popularité.
«La révision partielle de la loi sur l’asile vise à préserver la tradition humanitaire de la Suisse tout en empêchant les abus», selon le ministre de la Justice et de la Police, Christoph Blocher, par ailleurs homme fort de l’Union démocratique du centre (UDC, droite populiste) devenu en 2003 le premier parti de Suisse avec un programme largement axé sur les abus du droit d’asile.
Pour le président de l’UDC Ueli Maurer, le triomphe du "oui" «montre que les problèmes liés à l’immigration ont été pris au sérieux».
Le président du Parti démocrate-chrétien (PDC) Christophe Darbellay a insisté sur la nécessité de travailler à l’intégration des immigrés. «Je ne veux pas de ghettos à la française», a déclaré M.Darbellay, dont le parti était très divisé sur ces lois.
La présidente du groupe parlementaire socialiste Ursula Wyss a reconnu la défaite des opposants et a demandé au gouvernement de respecter ses engagements à appliquer "humainement" la nouvelle réglementation. La Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS), la Conférence des évêques suisses (CES) et la Fédération des communautés israélites (FSCI) ont elles aussi regretté l’approbation de la nouvelle réglementation.
Sur ses 7,3 millions d’habitants, la Suisse compte plus de 21% d’étrangers. Le pays a reçu l’an dernier près de 19.000 demandes d’asile, soit le chiffre le plus bas depuis près de 20 ans. Environ un tiers des demandes ont été satisfaites sur les 10 dernières années. La nouvelle loi sur le droit d’asile prévoit le rejet sans examen des demandes des personnes dépourvues de papiers d’identité. La loi supprime aussi l’aide sociale en faveur des déboutés du droit d’asile et la remplace par une simple "aide d’urgence" de 960 francs suisses par mois (604 euros), un montant considéré comme le minimum vital par les associations.
Les autorités pourront aussi détenir des déboutés "récalcitrants" du droit d’asile pendant 18 mois au lieu de neuf actuellement.
La loi sur l’immigration revient, quant à elle, à interdire la venue en Suisse d’étrangers non européens qui ne seraient pas recrutés pour un poste de travail précis. Les candidats devront prouver qu’ils disposent de qualifications professionnelles particulières et qu’aucun travailleur suisse ni européen n’a été trouvé pour occuper le poste en question. Pour ceux qui auront franchi l’obstacle, il sera plus facile de faire venir leur famille. Cette concession vise à favoriser l’intégration des jeunes étrangers le plus tôt possible. "En cas d’intégration réussie", ces étrangers pourront obtenir un permis de résidence définitif au bout de cinq ans.

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