Inflation-taux directeur : Le match Jouahri-Lahlimi

Inflation-taux directeur : Le match Jouahri-Lahlimi

Le HCP appelle à lâcher du lest alors que BAM qui tient une réunion ce mardi voit les choses autrement

Lors de sa dernière sortie, Lahlimi n’y était pas allé par quatre chemins pour critiquer le niveau du taux d’inflation actuel au Maroc.

Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib (BAM), et Ahmed Lahlimi Alami, haut-commissaire au Plan. Deux grands commis de l’Etat avec des styles quasiment opposés. Alors que le microcosme financier du pays attend la décision du conseil de BAM ce mardi au sujet du taux directeur qui reste inchangé depuis quelques années déjà, le haut-commissaire au Plan pense qu’il faut lâcher du lest pour revigorer le secteur économique et financier.

Les deux hommes adoptent des points de vue opposés, notamment concernant l’inflation. Lors de sa dernière sortie qui remonte à juillet dernier à l’occasion de la présentation des estimations de la croissance économique en 2019 et les prévisions pour 2020, Ahmed Lahlimi n’y était pas allé par quatre chemins pour critiquer le niveau du taux d’inflation actuel au Maroc. «Pourquoi ne pas baisser davantage le taux directeur pour relâcher un peu l’inflation et permettre aux producteurs de relancer la machine économique ? J’ai fait un benchmark et il n’y a pas un seul pays comparable qui réalise une inflation inférieure à 2%. Ils sont tous à 7 ou 8%. C’est un scandale», avait affirmé Lahlimi.

Quelques semaines seulement avant la sortie du numéro un du HCP, le conseil de Bank Al-Maghrib au mois de juin avait jugé que «sur la base de ces évaluations, notamment celles des prévisions à moyen terme de l’inflation, de la croissance, des comptes extérieurs, des conditions monétaires et des finances publiques», le niveau du taux directeur devait rester inchangé, à 2,25%. Au niveau de l’inflation, la même source avait estimé en juin que «l’inflation a été faible au cours des quatre premiers mois de l’année, avec une diminution en glissement annuel de l’indice des prix à la consommation de 0,1% en moyenne.

(…) Ces facteurs impacteront l’évolution de l’inflation sur l’ensemble de l’année 2019, la ramenant à 0,6% après avoir atteint 1,9% en 2018». En 2020, elle s’accélérerait à 1,2%, tirée par sa composante sous-jacente qui, soutenue principalement par la reprise prévue de la demande intérieure, s’établirait à 1,5% après 0,8% prévue en 2019 et 1,1% en 2018. Interrogé lors d’une conférence de presse après un conseil de la banque centrale, Abdellatif Jouahri avait déclaré dans ce qui ressemble à une réponse aux demandes au sujet de l’inflation : «Je n’ai pas une sorte de bouton pour augmenter ou baisser l’inflation». BAM va t-elle accéder aux appels du HCP ? Les décisions de la réunion du conseil de la banque centrale seront très attendues même si les chances d’une baisse du taux directeur paraissent d’ores et déjà faibles. Pour rappel, la dernière baisse de ce taux remonte à mars 2016.

A l’époque, BAM avait décidé d’abaisser son taux directeur de 0,25% pour atteindre ainsi 2,25%. La baisse avait été justifiée alors par les prévisions de la banque centrale en termes d’inflation, de croissance du PIB non agricole, l’atténuation du déficit budgétaire ainsi que le renforcement du niveau des réserves de changes. Depuis cette date, ce dernier est resté inchangé à ce niveau.

Déflation

Face à une baisse chronique des prix, certains responsables avaient attiré l’attention il y a quelques années sur le risque d’aller vers une déflation. Les mêmes sources avaient expliqué que ce risque existe lorsque les prix à l’international augmentent alors que les prix au niveau national suivent un chemin anormalement inverse. Mais qu’est-ce que c’est que la déflation ? La déflation est l’opposé de l’inflation. A l’inverse de cette dernière, elle se caractérise en effet par une baisse durable et autoentretenue du niveau général des prix. La déflation ne doit pas être confonue avec la désinflation, qui constitue un simple ralentissement du rythme de l’inflation. C’est le cas par exemple actuellement en zone euro où l’indice général des prix ne cesse de diminuer depuis plusieurs mois tout en restant en territoire positif. La déflation provoque des réactions attentistes de la part des agents économiques qui se révèlent particulièrement néfastes pour l’économie.

Une «task force» BAM, HCP et Cour des comptes

Alors que le Maroc est actuellement en plein débat sur le modèle de développement du pays et la prochaine installation d’une commission spéciale, un trio de trois institutions pourrait jouer un rôle important dans ce domaine.

Il s’agit de Bank Al-Maghrib (BAM) dirigée par Abdellatif Jouahri, également ancien dirigeant d’une banque nationale mais également et surtout ex-ministre de l’économie et des finances à une étape importante de l’histoire du pays dans les années 80. La deuxième institution est le Haut-Commissariat au Plan (HCP) dirigé par Ahmed Lahlimi Alami, l’un des hommes de confiance de l’ancien Premier ministre, Abderahmane El Youssoufi, et l’un des architectes de l’expérience de l’alternance au début des années 2000.

Enfin, la troisième institution est la Cour des comptes menée par Driss Jettou, ancien Premier ministre, ex-ministre de l’intérieur ainsi que ministre de l’industrie dans les années 90. Les trois organes pourraient jouer le rôle d’une vraie «task force».

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *