Israël : les colons unis contre Olmert

Les dirigeants des colons de Cisjordanie mettent en place un front d’opposition contre "le plan de regroupement de colonies" en Cisjordanie que le Premier ministre Ehud Olmert entend enclencher dès la fin de l’année.
Ils ont exposé mardi devant l’ancien grand rabbin d’Israël, Avraham Shapira, l’une de leurs autorités spirituelles, leur stratégie pour faire échec aux démantèlements de colonies envisagés et lui ont demandé son soutien. Le Premier ministre ambitionne d’établir les frontières permanentes d’Israël d’ici 2010 avec ou sans l’accord des Palestiniens.
D’ici six mois, faute d’accord, il entend amorcer son plan qui prévoit le démantèlement de colonies isolées, l’évacuation de quelque 70.000 colons, et leur regroupement, derrière la barrière de sécurité qu’Israël édifie en Cisjordanie, dans les grands blocs d’implantation appelés à être annexés.
La lutte contre les plans de M.Olmert sera "déterminée mais sans violences", affirme Pinhas Wallerstein, l’un des membres de la direction des colons. Forts de l’expérience des aspects controversés de la lutte farouche qu’ils ont mené l’été 2005 contre le retrait de la bande de Gaza et l’évacuation de ses 8000 colons, ils entendent définir un consensus autour de la stratégie qu’ils mettent en place aujourd’hui pour mener ce qu’ils considèrent comme leur ultime combat pour sauver ce qu’il reste d’Eretz Israël (la terre d’Israël dans ses frontières bibliques incluant les territoires palestiniens).
À cet effet, ils ont demandé à dix autorités rabbiniques de leur exposer quelles doivent être aux yeux de la loi juive les limites que devrait respecter leur combat contre les retraits envisagés par le gouvernement.
L’appel public à la désobéissance lancé l’été 2005 aux soldats israéliens par le grand rabbin Avraham Shapira pour faire échec au retrait de la bande de Gaza avait scandalisé le pays et créé un malaise au sein de l’armée, l’une des vaches sacrées du pays. Cet appel avait finalement suscité peu d’émules.
Le plan de bataille des colons, qui est tenu secret, devrait contenir l’exigence de la tenue d’un référendum pour tout retrait territorial envisagé, une idée soutenue par le président d’Etat, Moshé Katzav. Mardi, la presse israélienne avait fait état d’un projet selon lequel les colons se seraient déclarés prêts à "sacrifier" la centaine de colonies sauvages érigées en Cisjordanie pour sauver les colonies appelées à être démantelées dans le cadre du plan Olmert. Cette éventualité a été évoquée, mais aucune décision n’a été prise, a  indiqué à l’AFP, Emilie Amroussi, porte-parole du Conseil des implantations  juives de Judée Samarie (Yesha, Cisjordanie), la direction des colons.
"Nous mettons en place notre stratégie de lutte contre le plan Olmert, mais nous tenons à maintenir des canaux de communication avec le gouvernement", a-t-elle souligné.
Un rapport officiel publié en 2004 avait fait état de plus de 100 "colonies sauvages" en Cisjordanie que le gouvernement s’est engagé à démanteler, notamment, auprès des Etats-Unis.
Yesha cherche aussi à retrouver la confiance de ses propres troupes qui lui reprochent de ne pas avoir réussi à empêcher le retrait des 21 colonies de la bande de Gaza et celui de 4 colonies isolées du nord de la Cisjordanie en 2005.
Des groupuscules d’extrême droite ont d’ailleurs lancé une campagne de dénigrement contre Yesha, accusé d’être "complice des crimes du gouvernement", et ont appelé les "militants du camp national" à se regrouper pour lutter contre les plans d’Olmert sans l’aide de Yesha. Par ailleurs, la députée Colette Avital (Travailliste) devait déposer mercredi un projet de loi au Parlement proposant des indemnités aux colons qui accepteraient d’être rapatriés avant la mise en oeuvre du plan Olmert. Selon Mme Avital, des milliers de colons de Cisjordanie seraient dans ce cas.

• Michaël Blum (AFP)

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