Kadhafi tente de reprendre la main sur le continent

Kadhafi tente de reprendre la main sur le continent

Le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi tente depuis le début du sommet de l’Union africaine à Kampala de reprendre la main sur les destinées du continent, six mois après avoir été écarté sans ménagement de la présidence de l’organisation continentale. «Tu es le bienvenu, Roi des rois», «Bienvenu à Mouammar Kadhafi, dirigeant du monde africain musulman» : impossible d’échapper aux portraits géants du dirigeant libyen accompagnés de commentaires louangeurs, tout le long de la route menant de l’aéroport international d’Entebbe à Kampala. Flanqué d’une escorte de chefs coutumiers africains, le «Roi des rois traditionnels d’Afrique» a été salué sur son chemin vers la réunion de l’UA par un groupe de jeunes filles voilées arborant un T-shirt à son effigie. Mais derrière l’apparât et les extravagances inhérents à majorité de ses déplacements, le colonel Kadhafi est venu en Ouganda avec la ferme intention de défendre une nouvelle fois ses «Etats-Unis d’Afrique», assortie d’une promesse de financement à hauteur de 90 milliards de dollars, selon le président sénégalais Abdoulaye Wade. «Nous sommes venus pour rencontrer le grand leader, un dirigeant qui est à l’origine de l’Union africaine», s’enthousiasmait dimanche cheikh Sharif Ssengooba, membre de l’Union des conseils musulmans d’Afrique de l’Est et du Sud. Si Mouammar Kadhafi se distinguait une nouvelle fois de la trentaine de chefs d’Etat présents à Kampala en installant sa tente dans les jardins du complexe Speke Munyonyo, selon un responsable de cet établissement, il réussissait en partie à imposer son thème de prédilection à ses pairs, pourtant accaparés par l’actualité de la Somalie et du Soudan.
Une réunion ministérielle, organisée la semaine dernière pour préparer les travaux des chefs d’Etat, a ainsi vu son programme chamboulé par la délégation libyenne. «Ils (les Libyens) nous ont gardés éveillés jusqu’à 3 ou 4 heures du matin parce qu’ils insistaient sur l’ajout d’un sujet différent», a expliqué un diplomate à l’AFP, sous couvert de l’anonymat. Deux jours avant le début du sommet de Kampala, le chef libyen avait resserré les rangs des 29 pays de la Communauté des Etats sahélo-sahariens réunis en sommet à N’Djamena autour de son projet d’Etats-Unis d’Afrique. «Nous avons eu des discussions pour définir une position commune vers l’évolution des Etats-Unis d’Afrique (…). Nous avons évoqué la question économique et notamment les réalisations à faire dans les pays africains. Pour ce faire, M. Kadhafi a mis à la disposition de l’Afrique 90 milliards de dollars (70 milliards d’euros)», avait affirmé M. Wade vendredi à la presse. Mais le rêve du colonel Kadhafi pour le continent se heurte à des réticences fortes des pays d’Afrique australe et de l’Est, qui plaident pour un renforcement des blocs politiques et économiques régionaux et restent attachés à leurs prérogatives nationales. De fait, l’Ouganda, dont le président Yoweri Museveni a appelé à l’ouverture du sommet à «chasser les terroristes d’Afrique» et à les renvoyer «au Moyen-Orient ou en Asie, d’où ils viennent», est opposé aux «Etats-Unis d’Afrique» et clairement engagé au sein de la Communauté d’Afrique de l’Est. La défiance envers le dirigeant libyen ne s’arrête pas là: son remplacement à la présidence tournante de l’UA par le chef d’Etat du Malawi Bingu wa Mutharika avait été accueilli avec soulagement par une partie de ses pairs et des hauts responsables de l’organisation. Un proche du président de la commission de l’UA, Jean Ping, avait alors qualifié la présidence libyenne de «très nuisible à l’image de l’UA» notamment sur la gestion des crises politiques du continent.

  Aaron Maasho (AFP)

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