Kalachnikov : 86 ans et aucune ride

Ce petit homme soigné aux yeux bleus et cheveux gris, qui vit à Ijevsk (Oural), est arrivé samedi à Moscou pour répondre aux critiques de la presse américaine sur un contrat de vente de 100.000 Kalachnikov au Venezuela. "Ce n’est pas la première tentative de dénigrement des armes russes", lance-t-il en commentant un article du Washington Times du 10 avril, selon lequel Moscou vendait au Venezuela des fusils vieillis, ce qui aurait poussé Caracas à suspendre le contrat. M. Kalachnikov a profité de l’occasion pour vanter son fusil "extrêmement simple, fait pour un soldat qui n’a pas de diplômes". "Lors de la guerre au Vietnam, les soldats américains abandonnaient leurs M-16 et prenaient les Kalachnikov aux Vietnamiens tués. Tous les jours à Bagdad, les Américains utilisent mes armes parce que les leurs ne fonctionnent pas très bien la-bas", a-t-il dit.
 Cet habitué des salons d’armement d’Abou Dhabi et conseiller de Rosoboronexport, principale compagnie exportatrice d’armes russes, a également déclaré qu’il se rendrait bientôt à Cuba, "pour la première fois" de sa vie, pour voir comment y fonctionne l’usine de fabrication des Kalachnikov ouverte à l’époque soviétique. L’un des Russes les plus connus au monde et les plus décorés par son pays sous tous les pouvoirs, Mikhaïl Kalachnikov n’a paradoxalement presque rien touché de son invention utilisée par les armées de 50 pays et qui figure dans les armoiries de six pays.
La Russie, grande exportatrice d’armes avec des ventes de 5,3 milliards de dollars l’année dernière, mène aujourd’hui une lutte pour faire reconnaître le droit de M. Kalachnikov à la propriété intellectuelle, sans grand succès pour l’instant.
Neuf Kalachnikov sur dix vendues dans le monde sont des contrefaçons, a affirmé Vladimir Grodetski, directeur général de l’usine Ijmach (Oural) qui fabrique en Russie les célèbres fusils d’assaut. A l’époque soviétique, Moscou avait accordé des licences de production à une vingtaine de pays alliés, dont la Bulgarie, la Pologne, la Chine, la Corée du Nord, Cuba, la Libye et l’Iran, mais "aucune de ces licences n’est plus valable selon les normes du droit international sur la défense de la propriété intellectuelle", a souligné M. Grodetski. Les négociations avec ces pays "traînent en longueur" et entre-temps, "ils continuent à fabriquer et à participer aux appels d’offres" en proposant des prix très inférieurs à ceux du producteur russe, a pour sa part précisé Dmitri Chougaïev, haut responsable de Rosoboronexport.
Le sort du concepteur et celui de son fusil se confondent avec l’histoire de l’Union soviétique. Né le 10 novembre 1919 dans un petit village sibérien, Mikhaïl Kalachnikov a eu une jeunesse tragique de fils de paysan considéré comme riche (koulak) et a été déporté sous Staline en 1930, à l’âge de 11 ans. Blessé dès les premiers combats de la guerre en 1941, il est évacué à l’arrière et commence la mise au point de ce qui deviendra l’AK-47 en 1947. Les armes automatiques avaient été bannies de l’Armée rouge à la veille de la Deuxième Guerre mondiale sur l’ordre du vice-ministre de la Défense d’alors que personne n’osait contredire dans le contexte stalinien de l’époque, écrit M. Kalachnikov dans ses mémoires. Pour lui, cet ordre explique en partie la défaite soviétique dans la guerre contre la Finlande et les premières pertes énormes de l’Armée rouge lors de l’offensive nazie contre l’URSS. Aujourd’hui, M. Kalachnikov regrette que son arme soit souvent utilisée dans des conflits interethniques. "Je l’avais créée pour défendre ma patrie", souligne-t-il.                  

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *