«Karine A» : Revirement de Washington

Mercredi, plusieurs responsables américains se disaient convaincus que de hauts dignitaires de l’Autorité palestinienne, notamment Yasser Arafat, étaient impliqués dans l’affaire du cargo d’armes saisi en Mer rouge par l’Etat hébreu. « Il nous semble évident que de hauts personnages de l’Autorité et des membres du Fatah sont impliqués dans la cargaison», a ainsi déclaré un haut responsable, tout en refusant de désigner explicitement M. Arafat comme l’instigateur du projet. Il a cependant ajouté qu’il était évident que l’organisation de ce trafic impliquait «des décisions et des actions d’une telle nature, qu’on peut supposer qu’elles ont été prises au plus haut niveau».
Ce porte-parole, dont l’identité n’est pas précisée, a ajouté que «d’après les informations fournies par les Israéliens, (Washington) soupçonne fortement qu’Arafat était au courant de la cargaison». Selon lui, l’administration Bush exige à présent d’Arafat qu’il «arrête les personnes qui ont fait cela», et qu’il s’attaque «aux branches de sa propre organisation, le Fatah, qui sont impliquées», mais aussi au Hamas et au Djihad islamique. Un revirement d’autant plus surprenant que Washington s’était montré prudent au début de l’affaire.
Le secrétaire d’Etat Colin Powell a par la suite expliqué qu’Arafat lui avait à nouveau assuré que l’Autorité palestinienne n’était pas impliquée dans cette affaire. Il a cependant estimé que le président palestinien avait « beaucoup à faire pour prouver son innocence ». Lors d’un entretien téléphonique entre les deux hommes mercredi, le responsable américain a dema-ndé à Yasser Arafat des explications « urgentes ».
zSelon le porte-parole de M. Powell, Richard Boucher, Washington estime, par ailleurs, que des « informations crédibles » démontrent que les armes sont d’origine iranienne, comme le soutient Israël.
Mercredi, le président palestinien continuait quant à lui de qualifier de « mensonges » les affirmations israéliennes selon lesquelles le Karine A était destiné à l’Autorité. « Les Israéliens inventent des histoires tous les jours, parfois ils parlent d’un bateau, d’autres fois ils ont d’autres histoires, comme si nous étions les occupants », a-t-il déclaré à la presse à Ramallah (Cisjordanie), où il est confiné depuis plus d’un mois.
La marine israélienne avait arraisonné le 3 janvier dernier, dans les eaux internationales en Mer rouge, le cargo Karine A, chargé de 50 tonnes d’armes, qui, selon Israël, était en provenance d’Iran et à destination des Palestiniens. Une affaire qui avait suscité les interrogations de la communauté internationale, et notamment les Etats-Unis, interpellés par sa « coïncidence » avec la visite de l’émissaire américain pour la paix au Proche-Orient, Anthony Zinni.

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