Khatami face à ses adversaires

Lors de sa visite officielle en Malaisie, le président iranien Mohammad Khatami a tenu mardi à mettre certaines choses au point. Lors d’une conférence de presse, il s’en est tout d’abord pris aux Etats-Unis qu’il a accusé de promouvoir la guerre. «Nous vivons aujourd’hui dans une situation effrayante. Jamais dans le cours de l’histoire mondiale nous n’avons vu la guerre être tellement promue aux Etats-Unis», a-t-il lancé. Selon lui, l’Iran n’aurait «aucun problème» avec les Etats-Unis, si ceux-ci abandonnaient leur discours hostile, leur «langue des menaces et des insultes» contre Téhéran. En faisant ces déclarations, le dirigeant iranien est en fait revenu sur les propos du président américain qui avait classé en janvier l’Iran parmi les trois pays de «l’axe du mal», aux côtés de l’Irak et de la Corée du nord». «Le mal, c’est quand un pays a le pouvoir et définit tout en fonction de ses propres intérêts» a rétorqué mardi M. Khatami, ajoutant que «le gouvernement le plus répressif et cruel au monde est celui d’Israël», et qu’«il est soutenu par les Etats-Unis, (…) les seuls à soutenir» l’Etat hébreu.
Allusion faite au Proche-Orient, le dirigeant iranien a ensuite tenu à s’exprimer sur un autre dossier tout aussi brûlant : la question d’une attaque américaine contre l’Irak afin de renverser Saddam Hussein. «Toute interférence dans les affaires intérieures de l’Irak irait à l’encontre de la population de l’Irak et de la paix et de la tranquillité de la région», a-t-il déclaré.
Si ces propos interviennent au moment où les manifestations anti-américaines en Iran se multiplient, ils coïncident aussi avec la montée des rivalités entre conservateurs et réformateurs du pays.
En revenant sur ce sujet mardi, le Washington Post écrivait d’ailleurs que le président Bush ne comptait plus sur M. Khatami pour réformer le pays, le jugeant «trop faible, inefficace, et manquant de sérieux sur ses promesses». Selon le quotidien américain, ce changement stratégique remonterait à la mi-juillet, lorsque le chef de la Maison blanche avait critiqué le gouvernement iranien pour ses «politiques destructrices et intransigeantes».
Il faisait alors allusion aux répressions des manifestations étudiantes, des journalistes et des parlementaires qui poussent à une réforme ou qui critiquent le régime. Lors de la publication du communiqué de l’administration Bush, le 12 juillet, l’Iran avait déjà dénoncé une ingérence américaine dans ses affaires intérieures. Téhéran avait aussi appelé Washington à s’excuser. Reste que, à l’intérieur même du pays, Mohammad Khatami est de plus en plus critiqué par les conservateurs concernant sa politique réformatrice. Il avait même déclaré le 5 mai dernier qu’il démissionnerait s’il pensait que le gouvernement pouvait abandonner les réformes. Mais mardi, deux jours après que les conservateurs, les «Gardiens de la Révolution», aient mis en garde les réformateurs contre le fait de vouloir «laïciser le régime» et de «faire le jeu des Etats-Unis», le discours de M. Khatami était tout autre.
«Ce que nous recherchons en Iran est la démocratie et cela a le soutien du peuple iranien», a-t-il déclaré. «Je suis certain que ce processus ne s’arrêtera jamais. Il peut se ralentir ou s’accélérer mais il se poursuivra et j’ai l’honneur de représenter le peuple », a-t-il ajouté, souhaitant une «situation de calme et de tranquillité» pour poursuivre… ses réformes.

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