La corruption gagne du terrain

La corruption gagne du terrain

Le président de l’Instance pour la prévention et la lutte contre la corruption (ICPC) a solennellement déploré, vendredi à Rabat, l’absence de vision stratégique dans le combat contre les comportements délictueux et la malgouvernance.
Au cours d’une conférence de presse où il a présenté le rapport de l’Instance évaluant les résultats des années 2010 et 2011, Abdeslam Aboudrar a estimé «qu’en dépit des efforts déployés, la corruption s’est aggravée au lieu de régresser, principalement par absence d’une politique efficiente, coordonnée et intégrée avec des objectifs quantifiés susceptibles de suivi et d’évaluation». Il a estimé qu’un tiers des familles marocaines a dû soudoyer pour bénéficier d’un droit acquis. Selon lui, la progression du mal est générale au corps de la communauté et touche tout autant le secteur social, que le judiciaire, le politique ou l’économique. En même temps que ce sombre tableau, il a décliné 5 propositions pour remédier à la situation. Outre la stratégie et des mécanismes d’évaluation, il a préconisé la réforme du système judiciaire, la reddition des comptes, la gouvernance dans les secteurs public et privé, l’éducation et la sensibilisation et la mise en œuvre des dispositions de la Constitution relatives à la nouvelle Instance de probité et de prévention de la corruption. Cette dernière proposition lui paraissant tenir au fait que les recommandations de l’Instance ne sont pas prises en considération- depuis 2009, a-t-il déclaré. A l’appui de ces propositions, il a affirmé que la malgouvernance a davantage nourri la défiance et  renforcé la tension qui s’est installée dans les rapports entre administrateurs et administrés. Le rapport de l’Instance a en particulier pointé du doigt le système judiciaire, dont il a déploré le manque d’autonomie et d’intégrité et auquel il a reproché la non-pertinence de ses sentences tant sur le plan du jugement que sur celui de leur exécution. Il a en outre critiqué le rendu de la législation pénale comme moyen efficace de lutte contre la malgouvernance. Abdeslam Aboudrar a, en outre, mis en cause la «malgouvernance publique» qu’il dénonce comme facteur favorisant l’enrichissement illicite, accentuant l’opacité des affaires avec l’Etat et aggravant la mauvaise qualité des rapports entre administrations et administrés…
Le rapport de l’ICPC n’épargne pas non plus les pratiques politiques dont il dénonce les failles règlementaires, déplorant que la loi ne définisse pas des seuils de compétence  pour l’éligibilité et regrettant le manque de contrôle du financement des campagnes électorales. Le document a également considéré que le Parlement n’exerce pas son action de contrôle avec l’efficacité voulue. Le rapport a par ailleurs, traité de l’administration territoriale dont il a critiqué la gestion opaque, qu’il a associée à la faiblesse du contrôle de l’autorité de tutelle, et a appelé à l’intégration de la dimension gouvernance dans la politique territoriale. Le président de l’ICPC s’est inscrit en faux contre le climat des affaires, lequel ne s’est guère amélioré du fait de la faiblesse de la communication des informations et la lenteur de la mise en œuvre de la concurrence, a-t-il affirmé.

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