La difficile bataille des femmes juristes arabes

Durant un forum de trois jours à Amman, co-parrainé par la Jordanie et les Etats-Unis, des femmes juges arabes, des juristes et des experts occidentaux ont tenté de trouver des moyens pour surmonter le fossé entre hommes et femmes dans ce domaine. Pour la première fois, des juristes saoudiennes ont participé à ce forum qui s’est terminé mercredi et durant lequel de nombreuses femmes ont fait part à l’AFP de leurs frustrations, leurs espoirs et les obstacles qu’elles doivent surmonter.
Mayssa Abou Dalbouh qui travaille comme « consultante juridique » dans un cabinet d’avocats dans la ville de Djeddah (Arabie Saoudite), sur la mer Rouge, ne travaille qu’avec des clients femmes. « J’écoute leurs problèmes, résume leur cas mais comme je ne peux pas aller les représenter au tribunal, je dois passer leur dossier à des collègues hommes qui prendront en charge l’affaire ». La loi qui réglemente, depuis deux ans, les professions dans le domaine du droit en Arabie Saoudite ne fait pas de différence entre les femmes et les hommes mais « la tradition veut que nous ne participions pas aux audiences des tribunaux », indique Mme Abou Dalbouh.
Nidal Nasser Jreiwo, qui exerce dans la ville sainte chiite de Najaf, en Irak, a été nommée juge par l’administration civile, dirigée par les Etats-Unis après la chute du régime du président Saddam Hussein en 2003. « Quelques juristes hommes et femmes se sont opposés à ma nomination, prétendant que c’était +haram+ (illicite selon l’Islam) pour une femme d’être un juge, me poussant à faire appel au grand ayatollah Ali al-Sistani, » le haut dignitaire chiite de Najaf, indique-t-elle. La réponse de Ali al-Sistani à la juriste n’a pas été une interdiction claire pour les femmes d’être juge mais « les membres influents de la communauté chiite de Najaf l’ont prise comme telle », poursuit-elle. Les juristes palestiniennes jouissent d’une situation plus enviable dans les Territoires occupés où huit femmes sont juges, explique l’une d’entre elles, Eman Nassereddin.
« Notre situation est bien meilleure que dans les autres sociétés arabes en raison des conditions de vie exceptionnelles qui prévalent dans les territoires palestiniens et qui ont forcé les femmes à être audacieuses », indique-t-elle. Mais là où les femmes juristes sont incontestablement les plus favorisées, c’est au Maroc où 518 juges exercent dans plusieurs tribunaux à travers le pays, estime la juge marocaine Saâdia Belmir. « Nous représentons environ 17% des juges au Maroc », précise-t-elle. Participant à ce forum baptisé « Femmes et droit: un dialogue régional soutenant les voix de changement », l’avocate Cherie Blair, épouse du Premier ministre britannique Tony Blair, a insisté sur la nécessité de réduire le fossé inégalitaire entre femmes et hommes comme un élément important aux réformes régionales ». Ce forum était organisé dans le cadre de l’Initiative de partenariat entre le Proche-Orient et les Etats-Unis qui vise à développer les politiques et programmes soutenant les réformes dans la région.

• Fatima El Issawi (AFP)

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