La Mauritanie de retour au concert des Nations

La Mauritanie, mise de côté par la communauté internationale après le coup d’Etat d’août 2005, opère un retour remarqué dans le concert des Nations après une transition démocratique de 19 mois unanimement considérée comme exemplaire.
Après l’élection de Sidi Ould Cheikh Abdallahi au deuxième tour de la présidentielle le 25 mars, et avant son investiture qui consacrera le départ de la junte militaire le 19 avril, les marques de soutien se multiplient en direction d’une République islamique mise à l’écart au lendemain du coup d’Etat.
Fin mars, le Maroc, la France, le Canada et la Tunisie furent les premiers à saluer les promesses tenues par la junte du colonel Ely Ould Mohamed Vall et à féliciter Ould Cheikh Abdallahi pour son élection.
Depuis mardi, avec le retour annoncé de ce pays dans le giron de l’Union africaine (UA) et le soutien affiché par le président américain George W. Bush, ce petit producteur de pétrole semble avoir achevé de réintégrer la communauté internationale.
«Le succès de la transition démontre que la fermeté affichée par la communauté internationale, particulièrement l’UA, est une bonne méthode pour un retour à la normalité constitutionnelle dans les cas de putschs sur le continent», estime le professeur Daha Ould Teiss, spécialiste des relations internationales à l’Université de Nouakchott.
Selon lui, «la Mauritanie est devenue un exemple de démocratie original, fort du caractère tolérant et pacifique de son peuple».
Depuis l’indépendance en 1960 de ce pays désertique, les présidents étaient jusque-là arrivés au pouvoir par des coups d’Etat, se faisant reconduire lors de scrutins entachés de fraudes.
Le 4 août 2005, la Mauritanie avait été suspendue de l’UA au lendemain d’un coup d’Etat perpétré sans effusion de sang contre le président Maaouiya Ould Taya, arrivé au pouvoir par la force en 1984.
Dans la foulée, l’Union européenne (UE) avait prudemment décidé de suspendre sa coopération avec Nouakchott avant d’assouplir sa position dans l’attente de résultats.
Mardi, «le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’UA a décidé de lever les sanctions et a félicité les membres du Conseil militaire (mauritanien) pour avoir respecté leur parole», a annoncé l’organisation, qui conditionnait la réintégration de la Mauritanie au rétablissement de la démocratie.
«Après la réintégration de la Mauritanie au sein de UA, la validation des élections par les observateurs de l’Union européenne et le consensus qui semble se dessiner pour une forte représentation internationale à l’investiture (du nouveau président), on peut considérer que la Mauritanie est de retour dans le concert des Nations», note un diplomate occidental accrédité à Nouakchott.
«Ne reste que sa réintégration dans la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao, dont elle s’est retirée en 2000), mais elle doit s’effectuer à son initiative», poursuit-il.
Au milieu des marques de soutien, les Etats-Unis semblent mener une forte offensive diplomatique, le président Bush ayant même personnellement tenu mardi à féliciter par téléphone le nouveau président.
Aux premières heures du putsch, Washington avait exigé le retour immédiat du président déchu, considéré comme proche des Etats-Unis, avant de soutenir la transition démocratique du nouveau régime, dans la foulée de l’UA et de l’UE.
Pour M. Ould Teiss, le «geste de M. Bush est non seulement une façon de confirmer la volonté des Etats-Unis d’asseoir leur ancrage en Afrique, mais aussi un message au monde arabe pour que la Mauritanie montre la voie à suivre dans le cadre du projet démocratique pour le Proche-Orient défendu par Washington».

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