La rentrée universitaire a du plomb dans l’aile

La réforme universitaire passera-t-elle l’hiver prochain ? Aujourd’hui, quatre ans après son entrée en vigueur, cette réforme semble avoir des boulets aux pieds. Un indicateur sur les soubressauts de cette réforme ? Lors d’une conférence tenue mardi à l’occasion de la rentrée universitaire, Hafid Boutaleb Joutei, président de l’Université Mohammed V-Agdal, a précisé que le taux d’inscription des nouveaux étudiants a baissé de 10% par rapport à l’année dernière.
Cette baisse a concerné toutes les Facultés ou presque (Lettres et sciences humaines : – 8%, Sciences juridiques : – 13%, Sciences : – 10%), mais elle est plus significative dans des branches comme la sociologie, la psychologie, la philosophie, les mathématiques, et l’informatique. Elle pourrait donc avoir des conséquences négatives sur l’avenir de branches-clefs des sciences humaines et de la recherche scientifique. Reste, maintenant, à savoir pourquoi cette baisse a touché ces dernières branches beaucoup plus que d’autres. Selon le président de l’Université Mohammed V-Agdal, « la capacité d’accueil » des départements qui en ont la charge ne permettrait pas de répondre à tous les besoins estudiantins. Autre cause : le déficit flagrant en matière d’enseignants de philosophie, de psychologie et de sociologie, pour ne citer que ces branches. Ce déficit a été aggravé, dernièrement, par l’hémorragie des départs volontaires. Mais plus grave encore est le fait de constater que les inscriptions dans ces branches, si peu nombreuses soient-elles, connaissent aujourd’hui une baisse importante. Peut-on désormais faire le deuil de la mère des sciences (la philosophie), de la sociologie, de la psychologie et d’autres branches qui ont le mérite d’enseigner la Raison, d’inculquer le sens de l’observation, de l’analyse et de la critique ? Alors que ces branches, ou ce qui en reste, périclitent, d’autres enregistrent un engouement remarquable. Exemple: la géographie, les études islamiques, la langue et les lettres arabes.
Le recul des sciences humaines étant un fait avéré, que peut encore escompter de la réforme universitaire ? Annoncée en grande pompe il y a quelques années, celle-ci s’est-elle donné les moyens de ses  ambitions ?
Dans son allocution, M. Boutaleb Joutei a regretté que « le gouvernement ne se (soit) pas approprié la réforme », espérant, par la même occasion, que l’enveloppe allouée à l’enseignement universitaire soit augmentée. Plus qu’une obligation, il s’agit là d’une urgence puisque « le budget de l’Université Mohammed V-Agdal risque de baisser de 10% », a-t-il précisé. Un gros trou financier qui risque de plomber encore plus le processus de réforme en cours.

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