La rumeur qualifie l’Algérie après le match

Inconsolable depuis leur défaite face au Maroc en quart de finale de la Coupe d’Afrique des nations, l’Algérie s’est reprise soudain à espérer lundi en début d’après-midi. Une incroyable rumeur, venue, comme le chergui, de l’Est du pays, a mis du feu hier dans les rues de Constantine, Batna, Skikda, Annaba, Guelma, Mila et d’Alger: «les Fennecs se seraient qualifiés sur tapis vert, cinq joueurs marocains sont reconnus de dopage». Dans les villes de l’intérieur, des milliers de manifestants ont scandé des yous-yous. Les informations se relayaient sans que personne ne sache leur provenance. Eurosport, cité par beaucoup d’inconditionnels, la main sur le coeur, diffusait en ce moment, un reportage banal sur l’équipe allemande de Stuttgart. Quant à la chaîne qatarie Al Jazira, elle aussi, citée, elle retraçait une émission des plus politiques. Al Jazira Sport, nouvellement créée, accusée d’avoir donné l’information, s’est par la suite, reproche un journal du pays, «murée dans un silence de mort».
L’épisode rappelle étrangement, l’année 1982 après l’élimination de la grande équipe de Rabah Madjer, victime des arrangements entre Allemands et Autrichiens. A l’époque, la rumeur d’une qualification sur tapis vert avait fait le tour du pays en un éclair avant que l’implacable réalité ne reprenne le dessus. Plus de 22 ans après cette élimination du Mondial espagnol, Alger, inconsolable depuis la 94e minute d’un match à suspense, revit les mêmes scènes de joie. Pendant quatre heures, écrit le quotidien d’Oran, «les embrassades et les scènes de joie étaient à la mesure de la désillusion de l’élimination par le Maroc». Une grande manifestation, spontanée, a paralysé aussitôt certaines artères de la ville. Le démenti d’une radio locale, tombé comme un couperet à 16 heures GMT, n’a que peu altéré les fans des Fennecs qui avaient déjà oublié pour certains, cette terrible accélération de Youssef Hajji qui a mis fin aux illusions des verts.
Dans les régions voisines de la Tunisie, la fête a duré beaucoup plus qu’à Alger. A Oran, les scènes de joie étaient indescriptibles malgré les démentis de plus en plus nombreux.
Mais petit à petit, la réalité a repris le dessus. Il a fallu que le Matin d’Alger se soit obligé, pour lever toute équivoque, de contacter le président de la Fédération algérienne de football, Mohamed Raouraoua, qui pendant ce temps, se trouvait en Tunisie, pour calmer les esprits « C’est une information infondée. Jusqu’à l’heure, les résultats des tests n’ont pas du tout été divulgués. Et même si cela se vérifiait, cela n’influencerait pas du tout sur le résultat de l’équipe ».
Même précisions fournies par le directeur de la communication de la CAF, Souleyman Habouba, qui a déclaré à l’APS que même s’il est reconnu qu’un joueur se soit dopé, « lui seul sera sanctionné, comme ça a été le cas en 1994 avec l’Argentin Diego Armondo Maradona». Dans un pays où la politique est omniprésente, il n’est pas exclu que, le changement d’entraîneur prévu ou supposé, prenne une coloration autre que sportive. Comme l’écrit un confrère, «La rumeur de Sfax, à deux mois des élections présidentielles et dans une atmosphère politique pourrie par des débats byzantins, paraît loin d’être anecdotique. Elle lance les bases d’une orchestration à large échelle de manifestations « spontanées » qui pourraient servir de défouloir à une population conditionnée par des discours politiques extrémistes ». Certains chroniqueurs y voient même la main du FIS. Qu’importe l’origine de cette rumeur, on retiendra de cette partie de football, qu’elle fut à rebondissements, même 24 heures après que le refere libyen ait sifflé la fin des débats. Tous comptes faits, les Algériens ont eu leur part de la victoire.

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