La Suisse pour une Europe sans frontières

La Suisse a dit «oui» aux accords de Schengen- Dublin avec l’Union européenne afin de créer une Europe sans frontières. En effet, 54,6% des Suisses ont voté en faveur desdits accords au référendum tenu dimanche dernier. La Fédération helvétique échappe ainsi à la contagion eurosceptique des référendums en France et aux Pays-Bas.
Vu que le référendum intervenait quelques jours après les deux rejets de la Constitution européenne en France et aux Pays-Bas, plusieurs observateurs craignaient un effet d’entraînement.
«Faites comme les Français et les Néerlandais», proclamaient ces derniers jours les opposants suisses à Schengen. Ces derniers, conduits par l’Union démocratique du centre (UDC, droite populiste), premier parti de Suisse, ont joué sur la peur pour la sécurité et l’emploi. «Ce oui constitue une confirmation de la voie bilatérale choisie par Berne, qui est la seule option qui permette à la Suisse d’approfondir sa coopération avec l’UE», avait souligné le président suisse Samuel Schmid.
Cependant, dès l’annonce des résultats, l’heure était au soulagement. La ministre suisse des Affaires étrangères, Micheline Calmy-Rey, n’a pas caché sa joie. 
«Je suis très heureuse que les isolationnistes aient perdu», a-t-elle déclaré. Le ministre de la Justice luxembourgeois, Luc Frieden, dont le pays préside l’UE, a salué "le résultat clair du peuple suisse". «C’est une bonne journée pour l’Europe et pour la Suisse», a-t-il avancé. Tous les cantons de Suisse romande, francophone, ont dit «oui», la plupart à plus de 60%, contre une minorité en Suisse alémanique, germanophone. La participation a été supérieure à la moyenne des référendums nationaux en Suisse ces dernières années atteignant un taux de 55,9%.
L’accord de Schengen, signé en 1985, supprime les contrôles systématiques des personnes aux frontières (sauf aux aéroports). En échange, la police suisse accédera à la banque de données informatisées SIS. Cette banque répertorie 15.000 criminels et 700.000 étrangers interdits de séjour. Le visa unique Schengen permettra aux touristes non européens de circuler librement de Marseille à Neuchâtel.
Les accords de Dublin prévoient qu’un demandeur d’asile refoulé par l’un des pays membres ne peut déposer de demande dans un autre Etat. Ceci éliminerait 20% des demandes faites en Suisse. L’espace Schengen, opérationnel depuis 1995, comprend pour l’instant 13 pays membres de l’UE (Grande-Bretagne et Irlande exceptées), plus la Norvège et l’Islande. Schengen et Dublin figurent parmi les accords bilatéraux signés l’an dernier par la Suisse avec l’UE, dont elle ne fait pas partie.
Selon le Département fédéral (ministère suisse) de Justice et Police, la Suisse ne s’intégrera vraiment à l’espace Schengen qu’en 2008, quand le nouveau système d’information SIS II sera opérationnel. Aux frontières de la Suisse avec les quatre pays de l’UE qui l’entourent (France, Autriche, Allemagne, Italie), Schengen ne changera pas grand-chose dans la pratique. Les douaniers continueront d’inspecter coffres et paniers à provisions. Douaniers et policiers pourront toujours faire des contrôles inopinés une fois la frontière franchie. Pour les milieux d’affaires, Schengen a le mérite de préserver le sacro-saint secret bancaire suisse et de stimuler le tourisme.
Par ailleurs, Berne n’a pas l’intention de retirer formellement sa demande d’adhésion à l’UE, déposée en mai 1992. En 2001, les Suisses avaient décidé par 76,7% des voix de ne pas ouvrir de négociations d’adhésion.

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